Le pacte autobiographique

Si j’avais été blonde, mes parents m’auraient appelée Marie-Line. Peut-être que je ferais du 95D à l’heure actuelle, peut-être que je porterais des string et que je parlerais à la Sophie Favier. Va savoir. Au lieu de ça, ils ont accouché d’un gros bébé joufflu avec des oreilles de Djumbo et des pieds comme de la vigne, déformés. Un truc qui a parlé tôt, avec des cheveux noirs, des cils noirs, des sourcils noirs et des ongles longs de deux centimètres.

Je suis née un 21 janvier 1961. Que des un. Mais ça je crois pas que ma mère l’avait programmé. Elle avait débarqué début décembre avec sa valise. Ils s’étaient moqués d’elle à la maternité. Elle était repartie chez elle sans défaire la valise. Elle marchait les jambes écartées. A cause de la tête qui sortait. Mon père aussi s’est moqué d’elle. La deuxième fois, quand il a fallu y retourner, elle ne voulait personne. Pas d’infirmière, pas d’aide-soignante, pas de sage-femme. Personne. Seulement son médecin. Elle voulait seulement qu’on la laisse tranquille.
Ma mère a toujours dit que j’étais bien là où j’étais. Que je n’étais pas pressée de sortir. Qu’après je lui ai fait payer.
De mon côté, j’ai toujours pensé qu’il y avait du vrai dans ce qu’elle disait.
Mes premiers rapports au monde furent difficiles. Ils le sont encore à l’heure où je vous parle.
Mes pieds sont réparés, mes oreilles sont devenues acceptables avec le temps, et ma mère a vieilli. Pourtant, je boite à vivre. Je peine encore à respirer.

 

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