Poïétique – Le texte

 

Merci à Jean-Marc de Pas

Elle est revenue. Soledad lui a dit – Tu trouveras facilement. Que sait-elle Soledad ? Soledad, tu es si jeune tu me connais si mal Soledad c’est moi qui te le dis je n’ai pas à trouver sauf dans ma plaie. La carte dans la boîte à gants, pas la peine, les post-it sur le tableau de bord, pas la peine. Je suis déjà venue.

Je renifle. Comme ça, la scène de la verrière. Faut surtout pas que les techniciens me bousculent les feuilles mortes. La mousse a envahi les briques, les algues la craie, les cloportes les joints. Rendre l’odeur – le salpêtre – le buis – le pélargonium. Une prise son près de l’horloge, non, c’est un compteur.

Le temps s’écoule pour Lucia revenue. Lucia pense à Soledad pour  ne pas penser à Justin. Il y a encore des bustes dans la serre. Le trio de sculptures dans l’aralia.

Il ne l’aimait pas. Il n’a jamais prétendu l’aimer. Il ne lui a jamais menti.

Soledad dans sa prison. Vaines pistes. Fausses pistes. Cette commande est impossible à tenir. Le directeur de la production m’a fait un cadeau empoisonné. Un prime time sur Arte. Une nouvelle collection « Un lieu, un fantôme ». Le lieu OK je l’ai. La Normandie, les box avec les chevaux, le parc et ses sculptures. Le château délabré / habité. Je peine sur le fantôme.

Lucia, la quarantaine, j’ai pensé à Carmen Maura il y a quelques années, squelette lourd, une assise. Soledad, une gamine qui a mal grandi, qui a fait des rencontres, qui paie pour des conneries. Tolérance zéro. En prévention. Emprisonnée déjà depuis trois mois. Il faut retrouver le père. Le père de cette enfant. Faut la sauver. Je l’ai appelée Soledad.

M’assieds sur les marches. La rouille et le vert de gris se disputent le vieux poêle. Le débourrement des bourgeons a commencé. De graciles tiges aux feuilles poilues sortent du four. Verrière fleurie verrière moisie. Zoom sur les plâtres recroquevillés sur leur dalle. Je tousse maintenant. Cherche mon fantôme. Le père absent. Le père à qui la mère veut demander de l’aide. Après vingt ans. La gamine. Ma gamine. Notre gamine. Soledad l’insolente. Soledad la furieuse. Soledad la curieuse. Elle a retrouvé son père en deux clics.

J’aimerais …que Kenny accepte le rôle. Son front, ceint d’un foulard indigo, elle a la rage Kenny. Son agent devrait me rappeler. Je ne vais pas passer six mois en repérages. Je traîne, j’espère que mon fantôme va surgir de la stèle. Au fond près du mur de soutènement, trois fines statues m’interrogent. Les traits émaciés, les corps à peine dégrossis, trois marchands pachtounes. Je m’égare. Imagination coincée. Lucia, la mère. Soledad, la fille. La série s’intitule « Un lieu, un fantôme ». Jusqu’à présent, le seul fantôme que je connaisse, c’est le réalisateur, c’est moi. Un réalisateur en panne d’inspiration, le voilà mon fantôme. Un salon d’hiver assailli par les viornes et les hydrangea, des tableaux esquissés et des sculptures ébauchées…

Si j’ai la réponse pour Kenny, on pourrait faire des impros sur site d’ici la fin du mois.

Ses seins dressés quand elle retire son pull. Marcher derrière elle dans l’herbe haute qui imbibe les tennis, la rattraper près de l’étang, l’enlacer sous les bouleaux.

 

Le chauffe-eau se met en marche. J’abandonne la fiction. Impasse.

Lundi je rappelle Lionel. On démarre le documentaire sur la poïétique. La « faisance de l’œuvre d’art ». Modeler jusqu’à figer. Esquisser jusqu’à poser la plume.

Silence – Moteur – On tourne !

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