Epiphanie

Pourquoi ce jour-là ?
Est-ce parce que Jeanne avait fait le tour du cercle, plusieurs fois même, dans les deux sens, à pied, à cloche-pied, sur la pointe du compas, sur les rotules, sur les mains aussi, mais sans perdre de vue le centre, toute en gravité Jeanne.
Pourquoi ce jour-là ?
Est-ce parce que Jeanne fit preuve, ce jour-là et pas les autres, de légèreté ?
Elle ne s’était pas réveillée chez elle – ça commençait donc autrement.
A 9h30 le monde était déjà refait, cela s’appelle un petit-déjeuner entre copines.
A 9h30 Jeanne marchait dans le rayonnement froid du mois de janvier. Elle se regardait dans les glaces des devantures, elle se regardait aller vers, l’espoir à la pointe de ses bottes et les mèches crépitant dans la lumière. Elle aimait le mouvement Jeanne.
Après, elle s’était passée et repassée le film de cette journée.
Qu’est-ce qui avait fait que ?
Le mimosa acheté l’après-midi avait-il joué un rôle ?
Le soir on tirerait les rois. Elle aimait bien les traditions Jeanne.
En tout cas, ce jour-là, sur le quai du métro, les portes ne s’étaient pas refermées devant son nez, elle n’avait même pas eu besoin de courir pour sauter dans la rame, et quand elle était arrivée à destination, la piscine était ouverte ! Pas de fermeture exceptionnelle pour vidange, assainissement ou excréments. C’est incroyable comme tout est fluide parfois : les quarante longueurs qu’on aligne sans ennui, la planche au bout des bras, les palmes au bout des pieds, ça glisse, l’huile de sésame sur une peau épilée, tonique, même le sèche-cheveux fonctionne ces jours-là.
C’est ce jour-là qu’il est entré dans son champ de vision, avec son mètre 90, ses tiags et son allure. Il n’apportait ni or, ni myrte, ni encens, juste un pack de bière, pourtant elle a su immédiatement qu’il serait le Roi.

 

Pourquoi ce soir-là ?
Est-ce parce que Simon sortait du boulot et qu’il avait envie de boire une bière ? La voix de Cécile sur son répondeur. C’est le jour des Rois, j’ai pensé à toi. Non, il aurait bien aimé mais ce n’était pas ça le message. Plus classique ; on tire les Rois… il y aura…et puis une suite de prénoms. Ce serait sympa, avait-elle conclu. Ouais, c’est sympa de se saouler tranquillement entre potes. Bon, Simon trouve ça un peu ridicule ce moment où on pousse le plus jeune sous la table, on lui ébouriffe les cheveux, on lui marche un peu dessus, c’est lui qui choisit pour tout le monde, c’est lui qui dit. J’espère que ce sera pas moi, ils m’emmerdent avec leurs traditions !

EPIPHANIE : du grec  épiphaneia «  apparition. ».

Cécile ouvre la porte. Simon a déjà pris la pose adéquate : un coude au chambranle de la porte, attitude nonchalante mais pas trop, le sourire juste ce qu’il faut et du mimosa au bout du bras. La pression douce sur la soie bleu nuit de Cécile, bise – effleurement sur ses joues fleuries. Il y aura Jeanne aussi, c’est en rentrant que Simon se souvient des mots, et qu’il se dit qu’il ne connait pas Jeanne. C’est en la voyant assise sur le bord de la fenêtre, Jeanne qui rit, qui le découvre et qui sourit, c’est à ce moment précis qu’il se dit  que peut-être et même certainement, ce sera elle la Reine.

 

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