Scène d’amour- l’avant/l’après- 3

Le tablier du pont était maculé de sang. Les voitures tordues, les flammes, les sirènes bleues. Noël, le cadeau était empoisonné. Effarés, ceux qui avaient pu s’extirper des véhicules déambulaient sur la voie, un adolescent hurlait en silence, ses cheveux cachaient la maigreur d’un visage acnéique, deux femmes se soutenaient, la jupe de l’une déchirée jusqu’à mi-cuisse, le maquillage de l’autre dégoulinant sans qu’elle n’y prenne garde, un homme d’un cinquantaine d’années psalmodiait – Shirley, où est ma béquille ?
Des secondes, des minutes, du temps écoulé et déréglé.Nous eûmes le réflexe de laisser la voiture, la pleine lune absorbait l’espace acéré et brillant. Le plus vite possible, nous quittâmes le Brotherhood Bridge.

Et Marie, dans un cri étouffé, se précipita dans mes bras et se mit à trembler de tous ses membres.

Nous fîmes quelques pas, hagards, les vêtements mouillés, avec […] nos chaussettes en laine blanche assorties, et nous trouvâmes refuge dans un renfoncement du pont, une sorte de niche arrondie qui menait à un escalier de secours métallique très abrupt qui descendait vers les voies ferrées. Marie pleurait. Elle pleurait contre moi, elle était secouée de sanglots, elle se blottissait de toutes ses forces dans mes bras, les membres tremblants, mouillée de larmes et de neige. La peur extrême qu’elle avait ressentie, la fatigue, l’épuisement, l’exacerbation de tous ses sens depuis le début de la nuit se traduisit alors par un besoin irrépressible de réconfort, une brûlante envie d’union des corps et d’abandon.

  J.P. Toussaint Faire l’amour

Marie, ton visage crispé. Terreur, désir, c’est ce que tu m’inspirais, Marie. Mon sexe durcissait, avec lui, la crainte d’éjaculer de suite, dans l’ampleur du vent et les hurlements des ambulances. Marie, tu étais ailleurs. La nuit avait été trop longue pour toi. Tu avais murmuré en début de soirée. Sans attendre mes réponses.

– M’offrir n’est plus une évidence.

– Tu dois l’entendre.

– Besoin de vide, de solitude, de mutisme.

Je ne pouvais plus arrêter mon haut-parleur. La cacophonie me brûlait les tempes. Le son s’amplifiait. Ta voix me faisait bander. Sans union, sans abandon, les larmes jaillirent en même temps.

 

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Auteur : Les ateliers de traverse

Ateliers d'écriture: textes, animations, événements, publications Les Ateliers de traverse sont présents dans la région parisienne, en Normandie et dans le Languedoc Roussillon

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