Mon silence sera plus fort que le tien

D’après Vivre de Pierre Guyotat

Mon silence sera plus fort que le tien. Mais il faudra se faire aux raccourcis. La mise sur la table est rouge / noire / rouge / noire / rouge / noire, les jetons volent, dentelles et boutons de manchette se tortillent, ah ! Les volutes de fumée, ah ! Le sexe en apoptose, Messieurs, retenez le foutre ! La fille, un sarment de vigne étincelant, allumée, s’écarte, balance, rythme et s’englue dans sa saleté, celle de l’athlète, la sueur de l’athlète, celle du yakusa, le sang du yakusa. Mais tout passe… Et autrefois j’aurais fermé les yeux, les lèvres m’auraient léchée, les vagues m’auraient bercée, la plume de l’alligator se serait envolée. De l’Italie à la Syrie, de la mer noire à l’Afrique du Nord.

Quid de cette bouillie de songes ?

– Samara, la fille au regard détourné, et ces salopards de nazis.

– Le fracas des engins d’urgence, des hannetons torpillés, la neige confond les âmes et les vils.

– Danji ce matin-là a enfourché son mulet. La pierre est friable dans la vallée Kahéna, pas d’orgueil, pas de rupture, Danji est un garçon persévérant. C’est l’aurore, brume sourde sur l’herbe, menace des ravins et départ pour ce peu, de quoi se frotter à l’universalité.

L’uniforme des nazis refait surface et ils seraient rusés, ils seraient géants, ils seraient forts, les yeux ouverts, la gueule ouverte, l’âme close. Samara lève le bras et elle se protège d’une main pataude. C’est la bataille muette des toujours clandestins. Le matin ils se lancent des poignards, à midi ils baisent à tire-larigot et le soir, que font-ils le soir ? Les nazis ne laissent pas le choix, ils cueillent, ils lapent, impuissante, Samara les cheveux en broussaille, le menton fuyant et l’utérus creusé de cernes inavouables.
J’ai oublié mon ombre, les crânes sont bien rangés sur les châssis, les chaussures oubliées sont exposées, même les rognures de crayon s’exhibent. A l’origine, la terre, les stromatolithes vomissent la divinité aux traits pleins, Yiéchia. « Je te chanterai, Yiéchia, je te plumerai, je te laverai, je déposerai toutes les fleurs fanées sur ta couche, Yiéchia. Et alors seulement je te pleurerai. » Nourris ! Nourris ! Dégueulis de molécules d’ananas, de potiron, de grenouille frémissante et de basilic farceur. Et d’autres aussi, funestes qui balaient le ciel de giclures marquises violacées, jusqu’au temps où règne Yiéchia dans les mémoires, dans les songes, dans les terreurs et où germent la silhouette, la peau et le langage.
Une crème fouettée mérite bien son nom et nul n’y retrouve à redire.
En vrac, défilent sur la banquise, l’océan Arctique et le continent Antarctique, des membres blancs qui défient les lois de la physique, des bosses remplis de graisse et mes chaussures, j’ai perdu mes CHAUSSURES. Allez, on rentre, à la maison, il ne faut toucher à rien, les oiseaux s’abattent sur moi, sur toi, c’est très beau et c’est très irrespirable, où est mon doudou ? Le bébé de Dominique A ou B demande – Pourquoi on s’enfonce dans le plancher de la maison ? – Et en plus les tournesols ne pousseront jamais là. Fumeux, cette vente !
L’artiste a dit (elle a un nom rigolo)  » La pensée pour moi […] se constitue en même temps qu’elle s’énonce. »
Parfois elle a raison et tout se télescope, par exemple, la ligne 14 du métro parisien qui relie la gare Saint Lazare et la gare de Lyon, l’italienne qui s’inquiète du retard, la raie du cul qui démange et le petit cheval qui répète – J’m’en bats les couilles. Aux antipodes, Samara dans l’angle gauche du cadre, la tronche de biais couvre sa pudeur. Les goules ébène lèvent le sourcil au-delà de toute vraisemblance et leurs narines exhument la peur du dominant. Moi, assise en tailleur près du parc Solférino, je peux enfin avouer à mon amie arrivée en manteau tibétain émeraude macabre – Père et mère ne parlent plus la même langue.
Le radeau est là, l’homme qui n’a pas vieilli est assoupi, l’homme qui ne vieillit pas est déguisé en femme et l’homme qui a toujours été vieux laboure sa guitare. Que tout cela est paisible.

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Auteur : Les ateliers de traverse

Ateliers d'écriture: textes, animations, événements, publications Les Ateliers de traverse sont présents dans la région parisienne, en Normandie et dans le Languedoc Roussillon

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