Les lamentations de la glace

Cut up à partir des textes de Marie Darrieussecq White et de Roland Barthes Fragments d’un discours amoureux

Elle lui racontera : c’était beau, oui, c’était beau. Mais c’était triste, aussi.
Peut-être sentira-t-il quand même quelque chose, des ondes, un centre ?
Quoi, le désir n’est-il pas toujours le même, que l’objet soit présent ou absent ?
Dans un restaurant bondé, avec des amis, je souffre. Une chape d’irréel me tombe des lustres, des plafonds en verre. Toute conversation générale à laquelle je suis obligée d’assister m’écorche, me transit. Pour me sauver de la déréalité, j’essaye de me relier au monde par la mauvaise humeur. Je tiens discours contre quelque chose.
Le ciel bleu, décidément bleu, avec ce maigre vent qui vient de nulle part et l’éolienne…chip…chip…chip…Et la centrale, zooooon. Dong, les cloches hallucinées. C’est lui qui a voulu venir ici. Dans ce silence, il sera toujours à portée sonore de l’alarme. Entend-t-elle de la musique ? Comme un chant de baleine ? Une excitation des sphères, une vibration de la nuée ? Quelle ironie d’être justement grimpée sur la seule antenne à la ronde (ne pas tomber).Une sorte d’arc en ciel local. De phénomène polaire.
Elle lui racontera: c’était beau, oui, c’était beau. Mais c’était triste, aussi. C’était triste d’être seule à regarder une chose aussi belle.
Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. Mon langage tremble de désir. Parler amoureusement, pratiquer un rapport sans orgasme. Parfois, le temps d’un éclair, je me réveille et renverse ma chute.
RrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRrRr

Sursaut massif de la mécanique, la centrale s’ébroue, cheval dételé de l’hiver
À vingt mètres de là, cependant, le silence inchangé : nous les fantômes, pouvons en témoigner. Il nous en faut très peu pour être retenus. Vacillants mais perpétuels. Solides comme de la glace. Dans le blanc perpétuel où rien ne se passe. Dans le blanc à notre mesure.
Mais si la Terre nous retient, l’Antarctique est notre…comment dire ? Port d’attache ? L’Antarctique est notre équivalent géographique.

Ses rythmes, son maintien, ses humeurs : tout le monde a une histoire et basta. Le soleil en rond et le gel. La rencontre irradie. L’éclat des yeux, la beauté lumineuse du corps, le rayonnement de l’être désirable.
Les vents s’enroulent en cercles de plus en plus larges autour du Pôle.

 

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Auteur : Les ateliers de traverse

Ateliers d'écriture: textes, animations, événements, publications Les Ateliers de traverse sont présents dans la région parisienne, en Normandie et dans le Languedoc Roussillon

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