MÉDICAL

Rouen, samedi 2 avril 2011

Cher Docteur Laumonnier

Après une infâme séance de phrénologie et la déclaration d’une coqueluche, on m’a mise en quarantaine au 180 rue Martainville, dispensaire qui partage sa cloison avec l’aître Saint Maclou.
Vous n’êtes pas sans savoir que la paroisse dut faire face, au siècle dernier, à une épidémie de peste et que l’on construisit autour du cimetière trois galeries et un comble à usage d’ossuaire. Je vous laisse imaginer mon état d’esprit au voisinage de ce lieu, abandonnée par vous à ma neurasthénie. Il y a peu j’avais encore recours à ma petite médecine personnelle : un élixir afghan, quelques feuilles d’oranger antispasmodiques, une ou deux têtes de pavot en décoction.
Car figurez-vous qu’un homme venu d’Orient a ouvert boutique au 178 rue Martinville. Il a fort avantageusement remplacé ce Monsieur Guyot Marchant et sa danse macabre qui me faisait tourner les sangs.
Je vous le dis très cher Docteur, on est bien vulnérable et l’on cherche vers qui et vers quoi se tourner quand on vous prive des seuls plaisirs qui rendaient la vie supportable. La science des crânes sera peut-être condamnée dans quelques décennies mais moi je ne serai plus. Une simple présence sous les pas des visiteurs de l’aître, aux racines des tilleuls ou du ciel.
Bien à vous.
Julie Laurmier

 

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