Mon regard instruit la ville

« Mon regard instruit la ville comme un cabinet de curiosité à ciel ouvert », Hendrik Sturm, artiste promeneur

Sourdent des voix enfantines

(en s’éloignant)

pouët              pouët              pouët

les goélands ne miaulent pas

les chats ne sont pas des coqs

Anikha étend les filets pourpres sur la terrasse, en songeant au récit du dromadaire enragé. La turquoise rose a noyé ses regrets, « la viande séchée résiste au temps », dit-elle.

De portes entrouvertes de la médina, monte la mélopée culinaire –  réjouissances – Anikha a rejoint sa couche entre chien et loup, elle a aligné des rubans blancs sous le miroir aux boules d’ambre.

Baudelaire et Nadar dansent sous ses paupières.

« Être là, dehors et partout, au fond, que lui importe ? » prime l’espace, les falaises au nord brumeux. A ses pieds, des traces du henné de la semaine passée.

Il a coupé les fils

Le sucre a fondu dans la théière et le marabout s’est retiré.

– Autant de fois que souffleront les alizés sur la poignée de porte, autant de fois que s’y reflétera la lune, autant de fois je t’aimerai.

Mogador la bien dessinée caresse Anikha, sa peau sombre couvre les hurlements de l’aîné capricieux, couvre les chuintements du nourrisson, couvre les halètements des félins.

Beurre grappillé par les goélands leucophée, logorrhée, abhorrée [apaiser son esprit]

Pense Anikha, faire exister le large              

au-delà de la baie       au gré des vagues       au sein des mots

Musique, hors la terrasse, inventer des chroniques, parfois s’accroupir au pied d’un pistachier et sur les joues les larmes couleraient…

Le kurkum est toujours aussi odorant, le port s’éveille à l’aube, Inch’Allah.

Ce fut une rencontre

Près de la capitainerie, Anikha attend dans un taxi.sur la banquette auprès d’elle, deux petits mangent des crêpes. Elle se remémore…un portugais qui dressait des chiens sur les remparts. On lui avait volé son couteau et sa bombe lacrymogène. Il n’avait même pas une canne. Il écoutait Miles Davis et lui répétait « je vis dans un monument historique ! ». Tout cela prit fin en avril. Avril vide. Le thermomètre affichait 24°C cette nuit-là. Qu’est-ce que le chagrin ? Elle ne ronge plus ses ongles et ses yeux frôlent l’invisible.

Silence lors du ramadan

– Si le ciel s’assombrit sur le souk, ne te mets pas à courir, lui répétait sa mère autrefois. Trop tard pour désobéir, trop tard tout court. La légende raconte un vieil homme sec qui a franchi le rideau de perles de thuya ; qui a signé de grandes formes bleu et jaune pastel sur du papier arche ; qu’il a converti en lingots d’or. Une boîte se fendille dans la paume d’Anikha.

La pluie et la terre se sont connues, la vigne et le blé ont produit, l’écorce du figuier est sacrée.

« Que la mémoire tatouée aille en paix », dit le poète.

Sur la terrasse en pisé, de hautes jarres dégorgent de géraniums et de misères. Anikha répond au courrier de son amoureux, une héroïne en quête d’un homme heureux. Hier…d’entre ses eins, elle avait sorti de sa robe des poignées de babioles en argent.

– Salut, a-t-elle fait

– Salut, il lui a répondu

Puis ils ont baisé dans les fragrances de benjoin et de clou de girofle. Essaouira abrite les âmes qui d’un point, couvrent l’espace.

En octobre, oui en octobre

Au clair de lune, au large de la forteresse, luisent les coquillages, balayant le spectre de lumière à l’horizon. Anikha a aperçu le vol du faucon. Ce soir, elle a pleuré de désirs, énergies et frustrations. On entend sonner l’horloge blanche 2h 30 – 3h – 3h 30…La chaux blanchit le tronc des araucarias au pied desquels les junkies ne portent pas plainte.

Les chants dominent

Le son des tambours

Les djinns tiennent

En laisse El Souirah

Les gnawas écrasent

Sur leur passage

Fleurs d’oranger et

Pétales de rose

Le raphia est bleu, les perles sont ocres, Castle made of sand tourne en boucle boucle boucle, les quais sont roses, les psalmodies s’avalent sur une grève inconnue.

Les oiseaux survolent le môle. Ce soir, les mains grillées de dentelle, un burnous gravit les marches du crépuscule Haha.

La chamade du cœur est interrompue

Tu vis dans le royaume des pourpres

La baie y est cruelle

Je suis un animal inspiré de tous les disparus

Et moi, un cœur de goudron

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Auteur : Les ateliers de traverse

Ateliers d'écriture: textes, animations, événements, publications Les Ateliers de traverse sont présents dans la région parisienne, en Normandie et dans le Languedoc Roussillon

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