Carla Bley

Glisser le long des murets qui bordent l’eau
rose de sel.
La sandalette à bride, relâchée.
Petite fille engluée dans la chaleur de cette journée.
Au bord, tout au bord
des marais presque fanés.
Tu tangues
Accrochée au désir de ne pas fondre.
Le silence bruissant des mirages en feu.
L’infiniment plat des miroirs à l’écume sale.
Tu t’accroches à ta robe trop légère.
Au bord, tout au bord
des marais presque fanés.
Peur d’être engloutie.
Les cheveux serrés en tresses enroulées.
Pas de baiser pour l’air brûlant.
La maison qui s’éloigne emportant la rumeur.
La sandalette se consume au milieu des flamants roses.
Retarder la combustion.
Plonger la semelle dans le lait grenadine.
Le labyrinthe se dilate. Multiplication des rivages déserts
Au bord, tout au bord
des marais presque fanés.
Un pied traverse la croûte du gâteau de sel.
Au bord, tout au bord
Des marais presque fanés
Au coeur des marais salants, Claudine Dozoul, 2010

glisser le long_la vague repose_apparence claud

JANE PLANSON, Peinture

La vague repose enfin. Etal épanoui sur la charpente bancale du labyrinthe de Mnémosyne.
Rappelle-toi, Isidore Ducasse! Souviens-toi du vieil océan aux vagues de cristal ! Tu le saluais comme on salue un vieil amant, avec tant d’amour voilé et de révolte vaine. Moi, j’en ai fui longtemps les profondeurs opaques. Et quand je l’effleure de mes doigts maintenant noués par l’arthrose c’est avec mille précautions, de celles qui énoncent la peur encore présente. Et quand j’écoute les rumeurs de sa mouvance c’est pour entendre l’oeuvre mélancolique de ma solitude. Et quand je hume les embruns d’une marée montante, je me laisse inonder par l’ivresse salée de la folie
J’ai longtemps parcouru les flots à bord d’une coquille lentement purgée de tout désir. J’ai sillonné les mers en quête de consolations. Je n’ai rencontré que l’écume véride d’un plancton plastifié estampillé « Barbare», cigüe des goélands.
La vague repose enfin. Venue d’un ailleurs mendiant l’oubli. Glabre, lisse, méduse diaphane de la mémoire. La mousse bien verte de ses fantômes dérive, flotte, traverse la brume et me fait signe. Mystère des mots de la mer que je mène et qui m’emmènent.
L’embellie est là! Confirmée par un vieux marin au regard noyé derrière l’horizon: il n’y a pas d’île au trésor !
Jubilación, Claudine Dozoul, 2014

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Auteur : Les ateliers de traverse

Ateliers d'écriture: textes, animations, événements, publications Les Ateliers de traverse sont présents dans la région parisienne, en Normandie et dans le Languedoc Roussillon

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