Silence comme…

SilenceSilence comme une inertie de la pensée rendu vaine hormis la concentration à ne pas se laisser dévaster par le virus ou bien la chaleur.

Silence comme le pavé frigorifié sous la crampe, sans ajout aucun à la libération du spasme; avec prudence à laisser endormi  tout témoin.

Silence comme les mines maudites au cadmium après que touts aient rejoint leurs maisons puis aient souffert leur départ, leur honte et leur misère d’avenir précaire.

Silence comme à l’écoute des contractions, présage du petit bonhomme dans l’apparition d’un coude ou d’un pied dévastant le profil abdominal.

Silence comme la peur, l’absence de reconnaissance de la nuit et de ses fantômes ou plutôt la multiplicité du jamais ouï sous la voûte céleste.

Silence comme la posture de la femme tétanisée de tant de tricheries et de vacheries et de mesquineries chez celle allongée dans sa chilienne.

Silence comme les pleurs, ceux ponctuant certains anniversaires si tout le monde rit et chante dans le vide absolu – le sien.

Silence comme 05.00 a.m, le bruit sourd d’une voiture au loin, le ronronnement du frigo et le calme puissant durant la lecture et l’écriture.

Silence comme le père et la mère sur les photos vieillies, nulle légende et une aura, l’accélération de son pouls tandis qu’elle espère.

Silence comme l’homme – de dos – en contrebas – D’une main il porte la cigarette à la bouche. De l’autre il abaisse la tasse de café. Vice-versa.

Silence comme le ralenti d’une danse, d’une course, d’un combat face au vide habité seulement de deux êtres face à face.

Silence comme une marche à pas mesurés épousant le sol tantôt pierreux et plat, tantôt glaiseux en pente pour qui sait cheminer.

Silence comme la frontière dessinée au fil des années sans que rien ne s’y oppose et aujourd’hui tu t’en vas sans mot dire.

Silence comme à l’intérieur, la chaleur à l’extérieur et à la surface des vitres une mouche brode des points et contrepoints, telle un pianiste sur sa chaise trouée.

Silence comme un proverbe intrigue, fascine et perturbe alors que non, on n’a rien demandé et d’un geste de la main on fait comme si de rien n’était.

Silence comme l’effroi sur l’écran de cinéma où s’exposent les héroïnes hitchcockiennes lorsqu’on a coupé le son car le voisin a tapé contre la cloison.

Silence comme un espace défloré dans le fracas des pelleteuses impossible à freiner malgré toutes les bonnes volontés – un espace dévitalisé.

Silence comme une prière interrompue par des barbares là où s’élèvent les tristes tours érigées sur d’anciens marécages de la Seine.

Silence comme le souvenir d’une pièce où nul n’appose sa voix, le gisant se suffit à lui-même sans solliciter les promesses qu’on lui tient.

Silence comme une symphonie figée dans l’ambre des amours perdues – ainsi fracassent l’air toutes les percussions de Mahler.

Silence comme la nudité derrière les lilas, l’eau tarie goutte sur les dalles blanches tandis que tournent les guêpes à cette heure-ci.

Silence comme la guérison impossible d’une maladie qui n’en est pas vraiment une, un retrait des autres et un retrait de soi – lèvres fermées.

Silence comme l’écho stridulent des voitures de pompier, garrigue en braise, se sont tus les insectes et les couleuvres et les cailloux.

Silence comme le soupir de tous ceux qui n’ont plus rien à perdre, sans terre, sans toit, sans eau ni quignon. Sans bruit.

Silence comme tous les mots que tu profères bas, que tu profères mal, que tu profères à contresens, t’exaspèrent et te révoltent, Don Quichotte, comme lui profane.

Le 25 août 2016

© Catherine Robert

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