Décembre 2017

Ateliers d’écriture le samedi 16 décembre

  • une journée d’écriture de 10h00 à 16h00, à St Germain les Essourts (76)

sur le thème de « Mémoire(s) »

OU

  • une matinée d’écriture de 10h00 à 13h00, à Nîmes

Clôture de « Mouvement(s) »

 

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Lux diaries

Aujourd’hui la lumière blanche des hôpitaux.

Aujourd’hui la lumière reprend souffle.

Aujourd’hui la lumière est douloureuse.

Aujourd’hui la lumière est un petit soldat.

Aujourd’hui la lumière a un corps ambré.

Aujourd’hui la lumière, coite.

Aujourd’hui la lumière ne réside plus.

Aujourd’hui la lumière bulle.

Aujourd’hui la lumière conjugue le Verbe performatif.

Aujourd’hui la lumière fuit l’entendement.

Aujourd’hui la lumière comme une invitation à la plage.

Aujourd’hui la lumière remonte le temps.

Aujourd’hui la lumière rechigne.

Aujourd’hui la lumière traverse les négatifs.

Aujourd’hui la lumière a un nouveau regard, elle sort du songe, elle capte l’innommable.

Aujourd’hui la lumière d’un photon qui se pointe  dans la tristesse.

Aujourd’hui la lumière des foudres quotidiennes.

Aujourd’hui la lumière, mémoire de feuilles via Binh Danh.

Aujourd’hui la lumière a des airs de  fragilité comme celle des petits coquillages sur les surfaces humides.

Aujourd’hui la lumière tremble, flamme sous les vents d’un destin.

Aujourd’hui la lumière bicolore des jacassements de pies.

Aujourd’hui la lumière d’un teint de jeune fille.

Aujourd’hui la lumière, on aurait dit un vieux plaid raccommodé en maints endroits, cher à Durrell.

Aujourd’hui la lumière vacillante de nos souvenirs.

Aujourd’hui la lumière de deux sœurs qui veillent malgré elles sur Kurt.

Aujourd’hui la lumière de deux bougies d’anniversaire.

Aujourd’hui la lumière, celle d’un voyou tatoué qui a grandi.

Aujourd’hui la lumière éteint l’espoir.

Aujourd’hui la lumière des éructements punk en stetson immaculé.

Mai

Aujourd’hui la lumière parle aux hommes.

Aujourd’hui la lumière a-t-elle la douceur d’une mousse au chocolat ?

Aujourd’hui la lumière boude les rituels.

Aujourd’hui la lumière survole la Lituanie.

Aujourd’hui la lumière de Lamartine quand le vin est bleu, la nappe est sale.

Aujourd’hui la lumière s’annonce bouddhiste.

Aujourd’hui la lumière esquisse une danse.

Aujourd’hui la lumière troue une vallée cévenole.

Aujourd’hui la lumière rentre au bercail.

Aujourd’hui la lumière des fourneaux, du fournil, de la fonderie.

Aujourd’hui LEUR lumière.

Aujourd’hui la lumière d’un automatique – lumière de terreur.

Aujourd’hui la lumière que je n’aime pas, celle du regret ou plutôt du manque.

Aujourd’hui la lumière des études.

Aujourd’hui la lumière des framboises en leur maturité.

Aujourd’hui la lumière bretonne, italienne, in fine gardoise.

Aujourd’hui la lumière comme celle d’un foie malade.

Aujourd’hui la lumière de pétage de plomb.

Aujourd’hui la lumière en d’aussi monstrueux parages…

Aujourd’hui la lumière se goûte en gouttes.

Aujourd’hui la lumière est loquace.

Aujourd’hui la lumière, ce sont les coquelicots sur le ballast.

Aujourd’hui la lumière balaie les archipels.

Aujourd’hui la lumière, c’est l’éclat d’un hélicoptère au-dessus du champ.

Aujourd’hui la lumière des Dogs sur notre jeunesse.

Aujourd’hui la lumière croustille comme une tartine.

Aujourd’hui la lumière aux temps du polythéisme.

Aujourd’hui la lumière dédiée à celle qui ne prend plus ride.

Aujourd’hui la lumière n’a pas d’odeur.

Aujourd’hui la lumière scande le temps.

Aujourd’hui la lumière posée là, tout simplement.

Aujourd’hui la lumière, poing levé.

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Silence comme…

SilenceSilence comme une inertie de la pensée rendu vaine hormis la concentration à ne pas se laisser dévaster par le virus ou bien la chaleur.

Silence comme le pavé frigorifié sous la crampe, sans ajout aucun à la libération du spasme; avec prudence à laisser endormi  tout témoin.

Silence comme les mines maudites au cadmium après que touts aient rejoint leurs maisons puis aient souffert leur départ, leur honte et leur misère d’avenir précaire.

Silence comme à l’écoute des contractions, présage du petit bonhomme dans l’apparition d’un coude ou d’un pied dévastant le profil abdominal.

Silence comme la peur, l’absence de reconnaissance de la nuit et de ses fantômes ou plutôt la multiplicité du jamais ouï sous la voûte céleste.

Silence comme la posture de la femme tétanisée de tant de tricheries et de vacheries et de mesquineries chez celle allongée dans sa chilienne.

Silence comme les pleurs, ceux ponctuant certains anniversaires si tout le monde rit et chante dans le vide absolu – le sien.

Silence comme 05.00 a.m, le bruit sourd d’une voiture au loin, le ronronnement du frigo et le calme puissant durant la lecture et l’écriture.

Silence comme le père et la mère sur les photos vieillies, nulle légende et une aura, l’accélération de son pouls tandis qu’elle espère.

Silence comme l’homme – de dos – en contrebas – D’une main il porte la cigarette à la bouche. De l’autre il abaisse la tasse de café. Vice-versa.

Silence comme le ralenti d’une danse, d’une course, d’un combat face au vide habité seulement de deux êtres face à face.

Silence comme une marche à pas mesurés épousant le sol tantôt pierreux et plat, tantôt glaiseux en pente pour qui sait cheminer.

Silence comme la frontière dessinée au fil des années sans que rien ne s’y oppose et aujourd’hui tu t’en vas sans mot dire.

Silence comme à l’intérieur, la chaleur à l’extérieur et à la surface des vitres une mouche brode des points et contrepoints, telle un pianiste sur sa chaise trouée.

Silence comme un proverbe intrigue, fascine et perturbe alors que non, on n’a rien demandé et d’un geste de la main on fait comme si de rien n’était.

Silence comme l’effroi sur l’écran de cinéma où s’exposent les héroïnes hitchcockiennes lorsqu’on a coupé le son car le voisin a tapé contre la cloison.

Silence comme un espace défloré dans le fracas des pelleteuses impossible à freiner malgré toutes les bonnes volontés – un espace dévitalisé.

Silence comme une prière interrompue par des barbares là où s’élèvent les tristes tours érigées sur d’anciens marécages de la Seine.

Silence comme le souvenir d’une pièce où nul n’appose sa voix, le gisant se suffit à lui-même sans solliciter les promesses qu’on lui tient.

Silence comme une symphonie figée dans l’ambre des amours perdues – ainsi fracassent l’air toutes les percussions de Mahler.

Silence comme la nudité derrière les lilas, l’eau tarie goutte sur les dalles blanches tandis que tournent les guêpes à cette heure-ci.

Silence comme la guérison impossible d’une maladie qui n’en est pas vraiment une, un retrait des autres et un retrait de soi – lèvres fermées.

Silence comme l’écho stridulent des voitures de pompier, garrigue en braise, se sont tus les insectes et les couleuvres et les cailloux.

Silence comme le soupir de tous ceux qui n’ont plus rien à perdre, sans terre, sans toit, sans eau ni quignon. Sans bruit.

Silence comme tous les mots que tu profères bas, que tu profères mal, que tu profères à contresens, t’exaspèrent et te révoltent, Don Quichotte, comme lui profane.

Le 25 août 2016

© Catherine Robert

« L’histoire, c’est de l’argile » A.K

Le matériau dessus les bandes de jute crispées de blanc parcimonieux, le matériau dessus s’effiloche, se soulève et se fend. Alors il brille de feux disparates sur la double page, générant des lignes perdues que le solitaire emprunte, qu’il perd et retrouve dans la RFA dévastée. Ailleurs le matériau se craquèle, se crevasse et se boursoufle. On songe alors au prisonnier qui an fond de sa geôle marque de ses ongles les murailles dressées. Un hanneton vole.

Il y a impossibilité à s’éloigner du feu tant il fait froid. L’aube part en volutes cernées d’une poussière verdâtre comme le teint bile de la mort. Peindre ? Paysages.

Le comble est de fouiller les bois, de déraciner les mémoires avant que d’assaillir tous les Teutons. À la fin du jour, on fait l’inventaire : qui la vallée, qui la terre brûlée, qui la forêt. Partout la guerre, des ruines et des briques. De l’huile de lin et du sang sur papier marouflé.

Tu pénètres dans la salle de ton passé accroché. Paris – London – Wien. Tu ne connais plus la morsure dans le ventre. Ne plus manger. Se rassasier de son spleen. Exit tout ce fatras. Ute la barbare est toujours présente dans l’acrylique, le shellac et la paille. Elle s’y vautre de tous ses os et toutes ses peaux. Elle, cariatide du passé. Amnésie dans le verre cassé, les murs griffés, le sol parsemé de tracts obscènes. Son haleine ranime les torches de Margarete et le brasier de Sulamith. Tu ne rêves plus de l’envoyer valdinguer à travers la verrière, la tête éclatée en bouillie sanguinolente qui goutterait longtemps, très longtemps à l’intérieur d’Ute. Innenraum. Perdu à tout jamais et sans regret. S’élancer vers les champs lumineux et sereins, a écrit Baudelaire.

Infinis paysages

L’infini se défait à l’intérieur du paysage de tes épaules.

Au-delà de tes épaules, ils parlaient tous italiens qui déjà rêvaient au paradis depuis l’assèchement des nappes ourlées. Dans les estampes libertines que durant de longues heures ils avaient feuilletées, les putes mortifiées s’évanouissaient telles une nuée d’oies brouillées.

Le bizarre s’est dispersé,

Le beau s’est déposé.

Tu as encore eu mal à l’estomac. Tu as toussé, en retrait. La coque couleur de plomb s’est parsemée de grandes taches, as-tu proféré à voix haute en te détournant de la lucarne des cabinets.

Depuis le plus jeune âge, les rigoles sur ton torse sont passées de déconcertantes à familières et tes épaules nues ont eu le temps d’imaginer l’inconfortable infini.

Le bizarre et le beau, Catherine Robert, 2011

paysages

MICHEL CABOS, Fusain, 2011

 

Paysage materné Le ventre qui s’arrondit, ça et là le contour d’un pied ou d’une main avant que les spasmes ne foudroient, hormis l’attente rien n’est plus désirable que ce temps précieux de l’intrigant double qui n’en est pas un, tout en s’abritant durablement dans l’amnios.

Paysage indigné Comme un bœuf dévitalisé, écorché et massacré, comme l’ouragan qui fait se briser la lune contre le carreau ébréché, ton âme brosse en filigrane un patient suicide au cours duquel jour après jour chaque geste tantôt doux tantôt brutal achoppe.

Paysage épopée Beaucoup de recul il faut laisser, nulle proximité physique, un lieu et un spectacle du lieu, une chronique improvisée, celle d’une sexualité défaillante, signe à réinventer d’avant l’ère classique, on peut dire posthume.

Paysage enfanté Quoi de mieux que les stocks de poisson sur la grève ? Certains accouchent, d’autres se douchent à cette heure qui dessine l’arbre de la journée à venir. Les cartes postales frémissent dans les tourniquets. Au loin, la criée ignore le séculaire dioxyde de carbone.

Paysage haché Ses pupilles sombres et ses griffes de Joconde, un lord laconique au piano derrière lequel les lambris retracent la folie, un dictateur à l’ADN feuilleté et une miss du Dorset aux lèvres gercées par la poudre ne nous renseignent guère en brouillant les pistes.

Paysage sidéré Zombie aussi mauvais qu’un brigadier musclé et aviné, laissant libre cours à une mémoire qui creusait et divaguait, il fut abattu comme les chevaux en leur temps après que l’exploration se fût achevée sous l’empreinte de la lune violacée.

Paysage trituré Des bulles de Champagne abritent les frères au teint blafard qui retinrent les gratte-ciels lors de l’éruption diluvienne de 1929. Voilà un fantasme sans nom, là où la voix cachée dans les cordes ignore toute extrême ponctuation musicale.

Paysage ignoré Recto verso le paysage de ta nudité s’éloignant au bout du couloir, du sentier et de ta vie, la chaîne de tes jours sans moi désirée et le trouble de la solitude livrant bataille à l’exquise incertitude de ta précarité.

Paysage cinématographié Cinémascope mental où s’affrontent danseurs issus d’un Bollywood chamarré et squaws du Colorado au fond de fjords glacés sans que la vraisemblance, de par l’astucieuse mise en scène d’un démiurge ne soit altérée – soit une chorégraphie qui m’embrase au réveil.

Paysage cendré Se meuvent l’homme fourbu et l’enfant geignard, en arrière plan une balle orange accomplit son cycle dans un silence étourdissant, non ravivé par les passages des fourgons militaires, des cohortes de mercenaires et de leurs exactions associées.

Paysage strié Des barreaux qu’un imaginaire tordu s’acharna à dresser, l’idéal profil d’un homme non rasé, les couleurs criardes d’une banlieue sinistre et la voix off de Monica Vitti, tout à fait ce qu’un supplicié n’emportera ni au paradis ni en enfer.

Paysage humé Espace volatil des cendres brassées par des membres graciles, les bouilles noircies des carbones délaissés sous la soupente, sans un bruit – les parents sont à la sieste et les regards vibrent d’une tonitruante joie interdite.

Paysage figuré D’Albuquerque à Zagreb, les départs non compréhensibles à l’enfant que tu fus, désolé et meurtri d’un autre choix que l’éventuel tracé par ton impérieuse dictature, quoi de plus gracieux cependant que l’espace des allers et retours !

Paysage sexué Depuis la cohorte des chromosomes X et Y jusqu’aux poupées Barbie et à la Kalachnikov en plastique, androgyne exhibé sur panneaux Garaudy, indissociable comme le pénis incisé des aborigènes est l’application aveugle de l’histoire qui génère notre monde.

Paysage politisé Tirésias désigné à l’opprobre, la signification en est pour le moins implicite dans l’Europe vieillissante, affichant ses obèses munis de sonotones, pacemaker et Leica en bandoulière, enclins à une loi totalitarisante de l’individu.

Paysage décédé Dans la rue un policier – désormais qui n’est plus – aux dents jaunes, depuis sa voiture il tirait sur sa cigarette et il déchirait des papiers d’identité. Un homme au polo rayé n’a fait sursauter personne. La journaliste a simplement commenté « Le fossé est grand ».

Paysage sauvé La fenêtre refermée. Alentour, les discussions sur le devenir du lin, des huiles ou des parfums. Si un quidam y voit quelque essoufflement, dites-lui son erreur. Les palabres poursuivront leur cours. Le marché aux tissus ne pardonne pas.

Paysage réparé De la nuit et ses chimères, du trou cauchemardesque à la spirale incestueuse de nos insomnies, du retard plein d’esprit des cerveaux azimutés, de l’histoire du soleil caché, de l’angle fouillé par les astres et la lune, égoïste auprès des endormis émouvants et tristes.

Paysage mélopée Complainte qui se construit dans mon abdomen tandis que mes bottes s’enfoncent dans l’argile forestière, écho de l’écureuil grimpant au faîte d’un châtaignier qu’on eût pu croire foudroyé et morsure agaçante des moucherons par milliers.

Paysage récit Quelques feuilles détachées, une allée de gravier, un banc à peinture écaillée, Joséphine et Napoléon en culottes courtes sur champ de bataille, Love is the deserter. Les morts de tout le monde sont à enterrer, mais les autres ? On se doit de les réciter.

Paysage millésimé Que le général Gouraud se retourne dans sa tombe, mais les crayères gallo-romaines n’accueillent plus les chardonnerets dans l’aube brumeuse. Ni zoo ni cabane, juste des galeries où résider expose à transformer son cœur de bois en idole sculptée.

Paysage sublimé Cieux de l’église impitoyable où s’agitent les grimés dans une fumée d’encens libanais honorant à l’infini le meurtri, ce Christ qui déploie son androgynie devant les rochers désolés d’une Palestine défigurée.

Paysage transposé Chemin pris dans l’album, témoin de la rareté des visiteurs d’un zoo de Vincennes d’avant-guerre, déplacée la fillette, inopportuns les fauves, trouble la signification de cette sinistre étendue à l’avant de laquelle crocodiles râlent en dehors de toute connivence.

Paysage escarpé Traversée des siècles, meurtrissure de l’homme qui l’arme au poing menace plus faible que lui encore et agace l’œil aguerri de tel photographe défoncé à qui on fait dire des phrases inoubliables que le vol des hélicoptères enfouit sous la rétine sourde.

Paysage dominé Un tout qui renvoie à ce rien que la vanité excelle à figurer qui depuis longtemps a été déchirée tant par Pascal que par ses compagnons, bière à la main et clope dans l’autre, leur superbe encaissant le brassage hebdomadaire du jansénisme.

Paysage ensoleillé De l’Ascension du mont Ventoux me reste le jet des boules mates, métalliques et pesantes, en contrebas du chemin pierreux où s’écorchaient les bambins, tandis que le cliquetis des verres anisés annonçait une fin de journée estivale.

Paysage passager Si con et si humain, le bus au fond duquel gît le bel ange expatrié tandis que la forêt s’ouvre si proche à la trépidante société qu’il a dédaignée et qui vue du ciel résume bien les vicissitudes charnelles d’un temps abrégé par lui.

Paysage rêvé Ton format ravit les sens et dans un demi sommeil, enfourche l’oryx dont les cornes asymétriques laissent à prévoir une mort prochaine, plonge dans l’Euphrate et rejoint l’intimité de la fille aux yeux cernés d’un khôl givré au sel de l’Atacama.

Infinis paysages, Catherine Robert, 2011

 

1968

1968

MICHEL CABOS, Techniques mixtes, 2014

 

Seule au médian. On ne sait si elle approuve ou si elle redoute. La foule. Les cris. Les poings levés. Multipliés. Clonés. Des ombres chinoises. On pourrait l’appeler la chinoise.

Ni punk ni cyber, les yeux exorbités sous les flashs stroboscopiques de la torture moderne comme rescapé de l’univers paranoïaque philipKdickien.

Aveugle shooté au crack, à la tête anthropoïde surmontée d’une crête sagittale et aux svastikas bien humaines. Mi gorille, mi nègre ou bien CRS par l’os rendu muet.

Le poulet court encore même s’il perd la tête, dégoupiller ne le perturbe pas, tant habitué à ne pas se servir d’autre chose que de la matraque.

Autrefois la demokratie enjoignait à se livrer à son libre arbitre mais tous les braconniers le savent, de la proie la plus inoffensive au prédateur le plus féroce, ils se font tous piéger.

Sous la plage les pavés Sous les pieds la peau de banane Sous les membres usés l’esclavage citadin Sous les cerveaux troués le divertissement.

Peut-être se souvenir qu’à cet instant-là, Renault débrayait, les hôpitaux tournaient à vide et les cerisiers fleurissaient.

De l’infiltration du rat chez les nantis, les armées, les politiques. Sortis des égouts ils s’égaient sur les ordures amassées et lapent l’essence déversée.

Frapper du sceau du silence toutes les révolutions, encager l’alter ego, museler les forcenés vivants, d’autres hors du champ brûlent, caillassent et construisent le futur dont ils ne voudraient pas s’ils étaient omniscients.

1968, Catherine Robert, 2015