K, G, B *

Une fille chemise déchirée pleure près d’une fenêtre sale. Tant de plaisir à pleurer, extase désespérée de celle qui est décalée.

Une autre assise dans un coin sombre de la pièce aux murs délabrés anone une prière incantatoire qui envahit le silence. Elle se balance d’avant en arrière en rejetant régulièrement sur les épaules une longue mèche blonde. Elle sent la pisse.

Une vieille femme traine sur son dos une robe de chambre aux couleurs fanées. Elle suit consciencieusement LE chemin. Celui qui évite les vides entre les pointillés. Elle connait le texte par cœur et le parcourt sur la pointe des pieds. Tomber dans ces vides, c’est dégringoler de ligne en ligne. C’est rencontrer d’autres mots, d’autres mondes. Il faut alors en chercher le sens et la vieille femme est épuisée par ses chutes. Elle est au bout du rouleau. Les pointillés ne donnent plus suite…

La voix off :

-Stop ! Do not enter and don’t look back ! Les lignes de fuite n’ont pas de territoire !

Perdue, la vieille femme cherche à s’éloigner de l’impermanence des sens

Elle remonte le récit sur le papier calque plaqué au sol. Elle fuit l’enfermement du cube tapissé d’affiches fluo aux couleurs délavées. Moloch ! Moloch ! Moloch !

Elle veut sortir. The door of my cottage in the western night…

La voix off :

-I’m with you in Rock land

La vieille femme lévite au-dessus des mots, rayonnante, et murmure :

-Dis-moi quelque chose

-Call me Burroughs »

Une fille chemise déchirée pleure près d’une fenêtre sale.

Une autre assise dans un coin sombre de la pièce aux murs délabrés anone une prière incantatoire qui envahit le silence.

La vieille femme ne traine plus sur son dos la robe de chambre aux couleurs fanées.

 

*Kerouac, Ginsberg, Burroughs

Silence

 

champignon nucléaire-1

Silence comme l’air glacé au fond d’un bunker désaffecté le long des côtes de l’atlantique nord

Silence comme une détonation dans le brouhaha de la mégapole en hommage aux victimes de la barbarie

Comme l’arme blanche en sommeil sur les hanches d’un pauvre type à la solde de l’ombre

Comme un coup de poing dans la foi, d’abord le choc qui fait chanceler puis deux secondes plus tard la terrible douleur irradiante qui tétanise

Silence comme sous le voile noir qui recouvre le bruit des désirs et découvre la peur des plaisirs

Comme un regard fuyant la désobligeance du miroir au petit matin quand la rosée est accrochée aux toiles d’araignées et que la musaraigne flâne encore un peu, loin des serres de la chouette

Silence comme « chut ! » ou comme « fermez vos gueules ! »

Comme des étés à quarante et des hivers à moins quarante degrés

Silence comme une vrille parfumée qui s’enroule autour des sons

Silence comme « c’est fini ! »