Lecture à Buchy

Les Ateliers de traverse font découvrir Fracture, recueil de la nouvelle collection « Œuvres croisées », dessins de Brigitte Clarysse, écrits de Claudine Dozoul et Hors-champ 03.

Lectures et dédicaces de Claudine Dozoul, Florence Denat et Isabelle Vincent à la librairie « Autres Rivages », Buchy (76).

Événement à Buchy (Seine-Maritime)

A la librairie « Autres Rivages » 

Le 22 septembre 2018

à partir de 16h00

les Ateliers de traverse

présentent leurs dernières parutions

  • Hors-champ 3, troisième recueil de la collection, écrits des auteures Florence Denat, Claudine Dozoul, Sandrine Elichalt, Régine Marre Querouil, Marianna Payovitch, Jane Planson, Catherine Robert, Isabelle Vincent, croisés avec la photographie de Jean-Yves Dubos.
  • Fracture, premier recueil de la nouvelle collection « Œuvres croisées », dessins de Brigitte Clarysse, écrits de Claudine Dozoul

Des auteures dédicaceront leurs livres et liront des extraits à partir de 16h30

adresse: 141 rue de Dieppe 76750 Buchy

Un événement impulsé par Claudine Dozoul

Une p’tite note de musique…

Série

comme une série de notes sur une gamme en do mineur, de notes en marge des recueils, de notes de frais, de notes jetées sur un carnet lors de déambulations en pleine nuit, de notes d’audience et de notes à payer, de notes d’écrivain, de notes littéraires, de notes du courage et de notes de l’abandon, de notes attribuées à la gent masculine, puis celles de la vérité, celles de la vérification, celles sur Antigone, celles sur le sexe, celles sur les griffes de l’épuisement, sur les aphorismes et sur les problèmes acoustiques, sur la paranoïa et le narcissisme, sur les anges et sur l’art, série comme des notes qu’on éparpille sur la gamme d’une vie.

Série

comme jardins, jardin potager, jardin de l’enfance, jardin du ravissement, jardin des simples et celui de l’Olympe, jardin de l’esprit, jardin japonais aux nombreux pictogrammes, jardin d’acclimatation, jardin de l’Alhambra, jardin des litotes, jardin de la magie noire, celui des musées, celui des palais, celui des chiens, celui des photographes, celui du grand repos et celui des scandales, celui de l’insurrection et celui du mélange des genres, du foisonnement, de l’utopie et du secret, série comme jardins à cultiver durant toute une vie.

Série

comme bulles, bulles irisées portées par la brise, bulles vides qui font la joie des innocents, bulles mirages de la légèreté des jours, bulles sans audience, muettes à en exploser, bulles rêves qui franchissent les frontières du réel, bulles de champagne et bulles de savon, bulles d’Angoulême, bulles papales, celles de Bilal et celles du papier, celles de l’attention, celles du retrait, celles de l’attestation, série comme bulles à coincer quand l’envie est là.

Claudine Dozoul

Flashback / Flashforward

[Manuscrit d’Isabelle Vincent]

Tout commence ici

A demie nue les jambes écartées elle se ploie au pied des Idolomantis Diabolica et murmure. « Je ne suis plus seule » ; elle cherche l’intensité de la lumière dans les plis du végétal – Andréa la quittera –et sa mémoire en toile mal tissée ramasse le flux des poussières laissées par cette rencontre.

C’était dans un jardin sauvage. Il l’avait suivie comme une méduse suit le courant de l’eau – splendides transparences. Il l’avait suivie jusqu’à la cabane sous les pommiers en fleurs. Quand elle remonte les pages de leur histoire elle se dit que c’était là que tout avait commencé, qu’il restait sans doute l’empreinte de leurs corps dans les feuilles mortes, que le ciel ne pouvait que se rappeler de leurs consentements.  Et puis le temps… Des erreurs ont germé. Des erreurs en forme de falaises infranchissables qu’ils avaient franchies à marée haute.

1La marée est basse et l’ovule est fécondé.

Elle n’est jamais plus seule. En filigrane de son devenir l’écho des vagues porteuses d’horizons chargés de fruits. Elle va sur le rivage des jardins abandonnés extraire de sa chair la flamme de la matière, la vie. Elle va victime consentante de la permanence de l’enfant. Il est sa lumière, il est sa résonance intime.

2 La marée est basse et l’ovule n’est pas fécondé.

Elle marche longtemps à côté. Ils se croisent au large des conflits. Leur amour fantôme se reflète dans le métal poli des lendemains abscons. Le temps la porte dans les limbes de l’indifférence et même sous la lumière il disparaît, elle ne le voit plus.

Claudine Dozoul

Lux diaries

Aujourd’hui la lumière dégouline de chaleur.

Aujourd’hui la lumière froide des lieux aseptisés.

Aujourd’hui la lumière de l’écoute.

Aujourd’hui la lumière vagabonde.

Aujourd’hui la lumière vieille de plusieurs millions d’années.

Juillet

Aujourd’hui la lumière filmée en noir et blanc.

Aujourd’hui la lumière du sang éternel.

Aujourd’hui la lumière des invisibles into the wild.

Aujourd’hui la lumière sous les platanes de la brasserie.

Aujourd’hui la lumière à travers de nouvelles lunettes.

Aujourd’hui la lumière ‘sous le soleil de Satan’.

Aujourd’hui la lumière voulait dormir.

Aujourd’hui la lumière écrasante du silence.

Aujourd’hui la lumière d’une lettre à l’odeur de pommes.

Aujourd’hui la lumière écrit la journée en dialecte breton.

Aujourd’hui la lumière renonce à pénétrer les demeures.

Aujourd’hui la lumière des écrits de Pasolini.

Aujourd’hui la lumière immobile au bord de la rivière.

Aujourd’hui la lumière devenue la cible de l’ignorance.

Aujourd’hui la lumière fantasque crible les sous-bois de pastilles dorées.

Aujourd’hui la lumière des néons éblouissant le comptoir d’un bistro à demi-désert.

Aujourd’hui la lumière s’efface devant l’écriture.

Aujourd’hui la lumière d’une véritable expérience sensorielle.

Aujourd’hui la lumière fuit au-dessus des nuages.

Aujourd’hui la lumière kaléidoscopique de Time square.

Aujourd’hui la lumière d’un carré blanc sur fond blanc.

Aujourd’hui la lumière des birthday candles.

Aujourd’hui la lumière d’un ciel intense derrière les gratte-ciels de Manhattan.

Aujourd’hui la lumière du sourire d’une ado qui découvre la lune.

Aujourd’hui la lumière Giacometti sur les murs du Guggenheim.

Aujourd’hui la lumière d’ouest en est.

Aujourd’hui la lumière se retire.

Aujourd’hui la lumière se métamorphose.

Aujourd’hui la lumière inconfortable d’un rêve où chacun arbore les mauvaises traces du passé.

Aujourd’hui la lumière est celle, désuète, provenant de la mandoline d’un gaucher.

Aujourd’hui la lumière sous un porche d’immeuble, juste un matelas, un litre de rhum Coca et un jeune homme.

Aujourd’hui la lumière sillonne la ville dionysiaque.

Aujourd’hui la lumière sous une vigne au mildiou.

Aujourd’hui la lumière sur les routes à 80 km/h.

Aujourd’hui la lumière remet les compteurs à zéro.

Aujourd’hui la lumière me souffle Claudel.

Aujourd’hui la lumière post orage.

Aujourd’hui la lumière, pour moi.

Aujourd’hui la lumière de deux antagonismes.

Aujourd’hui la lumière explore Rapa Nui.

Aujourd’hui la lumière tolosane.

Aujourd’hui la lumière d’une soirée de confidences.

Aujourd’hui la lumière du foot.

Aujourd’hui la lumière Cabos.

Aujourd’hui la lumière, y en a pas.

Aujourd’hui la lumière qui tire vers le bas.

Aujourd’hui la lumière désertée de France/Belgique.

Aujourd’hui la lumière dès 6h, celle des cigales.

Aujourd’hui la lumière sur les puits, forages, sources et pompes.

Aujourd’hui la lumière comme l’amitié en recèle.

Aujourd’hui la lumière se rallume pour la femme désarçonnée.

Aujourd’hui la lumière d’une longue année.

Aujourd’hui la lumière accuse les coups du sort.

Aujourd’hui la lumière et ses complices.

Aujourd’hui la lumière sur une Flandre tatouée.

Aujourd’hui la lumière explore le passé.

Aujourd’hui la lumière qui enivrait Van Gogh (sur les pas d’Henry Miller à Phaestos).

Juin

Aujourd’hui la lumière rayonne parmi les livres.

Aujourd’hui la lumière signe Francesca.

Aujourd’hui la lumière a le charme hybride d’une demeure fraternelle.

Aujourd’hui la lumière incarne le petit mazet.

Aujourd’hui la lumière rencontre Kim.

Aujourd’hui la lumière, et moi? et moi? et moi?…

Aujourd’hui la lumière redoute l’orage.

Aujourd’hui la lumière a le sommeil profond.

Aujourd’hui la lumière des canadairs au-dessus des bambous.

Aujourd’hui la lumière, toute sur l’intime.

Aujourd’hui la lumière inonde les premières figues cueillies.

Aujourd’hui la lumière bleue d’un champ de lin en fleurs.

Aujourd’hui la lumière, celle de l’enfant et de la mère.

Aujourd’hui la lumière fraîche du petit matin.

Aujourd’hui la lumière vise au plus juste.

Aujourd’hui la lumière au fond de la poche, un mouchoir par-dessus.

Aujourd’hui la lumière concilie paroles et silence.

Aujourd’hui la lumière plane sur le désarroi.

Aujourd’hui la lumière jardine.

Aujourd’hui la lumière blanche des hôpitaux.

Aujourd’hui la lumière reprend souffle.

Aujourd’hui la lumière est douloureuse.

Aujourd’hui la lumière est un petit soldat.

Aujourd’hui la lumière est opaque.

Aujourd’hui la lumière a un corps ambré.

Aujourd’hui la lumière, coite.

Aujourd’hui la lumière ne réside plus.

Aujourd’hui la lumière bulle.

Aujourd’hui la lumière conjugue le Verbe performatif.

Aujourd’hui la lumière fuit l’entendement.

Aujourd’hui la lumière comme une invitation à la plage.

Aujourd’hui la lumière remonte le temps.

Aujourd’hui la lumière rechigne.

Aujourd’hui la lumière traverse les négatifs.

Aujourd’hui la lumière a un nouveau regard, elle sort du songe, elle capte l’innommable.

Aujourd’hui la lumière d’un photon qui se pointe  dans la tristesse.

Aujourd’hui la lumière des foudres quotidiennes.

Aujourd’hui la lumière, mémoire de feuilles via Binh Danh.

Aujourd’hui la lumière a des airs de  fragilité comme celle des petits coquillages sur les surfaces humides.

Aujourd’hui la lumière tremble, flamme sous les vents d’un destin.

Aujourd’hui la lumière bicolore des jacassements de pies.

Aujourd’hui la lumière d’un teint de jeune fille.

Aujourd’hui la lumière, on aurait dit un vieux plaid raccommodé en maints endroits, cher à Durrell.

Aujourd’hui la lumière vacillante de nos souvenirs.

Aujourd’hui la lumière de deux sœurs qui veillent malgré elles sur Kurt.

Aujourd’hui la lumière de deux bougies d’anniversaire.

Aujourd’hui la lumière, celle d’un voyou tatoué qui a grandi.

Aujourd’hui la lumière éteint l’espoir.

Aujourd’hui la lumière des éructements punk en stetson immaculé.

Mai

Aujourd’hui la lumière parle aux hommes.

Aujourd’hui la lumière a-t-elle la douceur d’une mousse au chocolat ?

Aujourd’hui la lumière boude les rituels.

Aujourd’hui la lumière survole la Lituanie.

Aujourd’hui la lumière de Lamartine quand le vin est bleu, la nappe est sale.

Aujourd’hui la lumière s’annonce bouddhiste.

Aujourd’hui la lumière esquisse une danse.

Aujourd’hui la lumière troue une vallée cévenole.

Aujourd’hui la lumière rentre au bercail.

Aujourd’hui la lumière des fourneaux, du fournil, de la fonderie.

Aujourd’hui LEUR lumière.

Aujourd’hui la lumière d’un automatique – lumière de terreur.

Aujourd’hui la lumière que je n’aime pas, celle du regret ou plutôt du manque.

Aujourd’hui la lumière des études.

Aujourd’hui la lumière des framboises en leur maturité.

Aujourd’hui la lumière bretonne, italienne, in fine gardoise.

Aujourd’hui la lumière comme celle d’un foie malade.

Aujourd’hui la lumière de pétage de plomb.

Aujourd’hui la lumière en d’aussi monstrueux parages…

Aujourd’hui la lumière se goûte en gouttes.

Aujourd’hui la lumière est loquace.

Aujourd’hui la lumière, ce sont les coquelicots sur le ballast.

Aujourd’hui la lumière balaie les archipels.

Aujourd’hui la lumière, c’est l’éclat d’un hélicoptère au-dessus du champ.

Aujourd’hui la lumière des Dogs sur notre jeunesse.

Aujourd’hui la lumière croustille comme une tartine.

Aujourd’hui la lumière aux temps du polythéisme.

Aujourd’hui la lumière dédiée à celle qui ne prend plus ride.

Aujourd’hui la lumière n’a pas d’odeur.

Aujourd’hui la lumière scande le temps.

Aujourd’hui la lumière posée là, tout simplement.

Aujourd’hui la lumière, poing levé.

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