Série comme…

 

la collection NRF de Marcel Duhamel SERIE NOIRE – typo devenue blanche- ces polars aux titres qui régalent – en jaune sur fond noir, aux auteurs qui font de leurs personnages des mythes : Philip Marlowe du Grand Sommeil de Chandler, Sam Spade du Faucon de Malte de Dashiell Hammet, les 1275 âmes de Jim Thompson et tous les autres qui prennent vie sous des titres qui à eux seuls mais aussi en résonance font œuvre : Elles attigent !; Ça sent le sapin ; Ça te la coupe ; Fais pas ta rosière ; Couche-la dans le muguet ; Les Spaghettis par la racine ; Quadrille à la morgue ; Les morts s’en foutent ; Cent mètres de silence ; Tu veux mon portrait ?

Série comme…

la série des étés pourris, de catastrophes et de deuils, dans la série des femmes battues à mort par un homme, l’été 2003, été de canicule, il y eut l’éternelle Mona de Franck Poupart – tueur de femme lui aussi dans cette Série noire d’Alain Corneau- il y eut Marie Trintignant.

Série comme…

la série des amours d’été, dont la caresse cuisante refroidit si lentement, et que l’on cache savamment à la table familiale, car les amours d’été sont de nature secrète.

Sandrine Elichalt

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Sans titre

Aujourd’hui la lumière restera éteinte

Il pleut

Personne pour allumer

Juste la beauté des mots

Dans laquelle envelopper le monde

 

Aujourd’hui la lumière prend la courbe

des nuages au dehors

Comme un avant goût de désastre

Pourtant quelqu’un joue du piano

Pourtant quelqu’un a fait un feu

 

Aujourd’hui la lumière est dans le piano

Quelqu’un allume des touches

Et les nuages laissent passer le bleu du ciel

Qui transforme les jours moribonds

En particules de poussière rayonnantes

SE

Lux diaries

Aujourd’hui la lumière comme l’amitié en recèle.

Aujourd’hui la lumière se rallume pour la femme désarçonnée.

Aujourd’hui la lumière d’une longue année.

Aujourd’hui la lumière accuse les coups du sort.

Aujourd’hui la lumière et ses complices.

Aujourd’hui la lumière sur une Flandre tatouée.

Aujourd’hui la lumière explore le passé.

Aujourd’hui la lumière qui enivrait Van Gogh (sur les pas d’Henry Miller à Phaestos).

Juin

Aujourd’hui la lumière rayonne parmi les livres.

Aujourd’hui la lumière signe Francesca.

Aujourd’hui la lumière a le charme hybride d’une demeure fraternelle.

Aujourd’hui la lumière incarne le petit mazet.

Aujourd’hui la lumière rencontre Kim.

Aujourd’hui la lumière, et moi? et moi? et moi?…

Aujourd’hui la lumière redoute l’orage.

Aujourd’hui la lumière a le sommeil profond.

Aujourd’hui la lumière des canadairs au-dessus des bambous.

Aujourd’hui la lumière, toute sur l’intime.

Aujourd’hui la lumière inonde les premières figues cueillies.

Aujourd’hui la lumière bleue d’un champ de lin en fleurs.

Aujourd’hui la lumière, celle de l’enfant et de la mère.

Aujourd’hui la lumière fraîche du petit matin.

Aujourd’hui la lumière vise au plus juste.

Aujourd’hui la lumière au fond de la poche, un mouchoir par-dessus.

Aujourd’hui la lumière concilie paroles et silence.

Aujourd’hui la lumière plane sur le désarroi.

Aujourd’hui la lumière jardine.

Aujourd’hui la lumière blanche des hôpitaux.

Aujourd’hui la lumière reprend souffle.

Aujourd’hui la lumière est douloureuse.

Aujourd’hui la lumière est un petit soldat.

Aujourd’hui la lumière est opaque.

Aujourd’hui la lumière a un corps ambré.

Aujourd’hui la lumière, coite.

Aujourd’hui la lumière ne réside plus.

Aujourd’hui la lumière bulle.

Aujourd’hui la lumière conjugue le Verbe performatif.

Aujourd’hui la lumière fuit l’entendement.

Aujourd’hui la lumière comme une invitation à la plage.

Aujourd’hui la lumière remonte le temps.

Aujourd’hui la lumière rechigne.

Aujourd’hui la lumière traverse les négatifs.

Aujourd’hui la lumière a un nouveau regard, elle sort du songe, elle capte l’innommable.

Aujourd’hui la lumière d’un photon qui se pointe  dans la tristesse.

Aujourd’hui la lumière des foudres quotidiennes.

Aujourd’hui la lumière, mémoire de feuilles via Binh Danh.

Aujourd’hui la lumière a des airs de  fragilité comme celle des petits coquillages sur les surfaces humides.

Aujourd’hui la lumière tremble, flamme sous les vents d’un destin.

Aujourd’hui la lumière bicolore des jacassements de pies.

Aujourd’hui la lumière d’un teint de jeune fille.

Aujourd’hui la lumière, on aurait dit un vieux plaid raccommodé en maints endroits, cher à Durrell.

Aujourd’hui la lumière vacillante de nos souvenirs.

Aujourd’hui la lumière de deux sœurs qui veillent malgré elles sur Kurt.

Aujourd’hui la lumière de deux bougies d’anniversaire.

Aujourd’hui la lumière, celle d’un voyou tatoué qui a grandi.

Aujourd’hui la lumière éteint l’espoir.

Aujourd’hui la lumière des éructements punk en stetson immaculé.

Mai

Aujourd’hui la lumière parle aux hommes.

Aujourd’hui la lumière a-t-elle la douceur d’une mousse au chocolat ?

Aujourd’hui la lumière boude les rituels.

Aujourd’hui la lumière survole la Lituanie.

Aujourd’hui la lumière de Lamartine quand le vin est bleu, la nappe est sale.

Aujourd’hui la lumière s’annonce bouddhiste.

Aujourd’hui la lumière esquisse une danse.

Aujourd’hui la lumière troue une vallée cévenole.

Aujourd’hui la lumière rentre au bercail.

Aujourd’hui la lumière des fourneaux, du fournil, de la fonderie.

Aujourd’hui LEUR lumière.

Aujourd’hui la lumière d’un automatique – lumière de terreur.

Aujourd’hui la lumière que je n’aime pas, celle du regret ou plutôt du manque.

Aujourd’hui la lumière des études.

Aujourd’hui la lumière des framboises en leur maturité.

Aujourd’hui la lumière bretonne, italienne, in fine gardoise.

Aujourd’hui la lumière comme celle d’un foie malade.

Aujourd’hui la lumière de pétage de plomb.

Aujourd’hui la lumière en d’aussi monstrueux parages…

Aujourd’hui la lumière se goûte en gouttes.

Aujourd’hui la lumière est loquace.

Aujourd’hui la lumière, ce sont les coquelicots sur le ballast.

Aujourd’hui la lumière balaie les archipels.

Aujourd’hui la lumière, c’est l’éclat d’un hélicoptère au-dessus du champ.

Aujourd’hui la lumière des Dogs sur notre jeunesse.

Aujourd’hui la lumière croustille comme une tartine.

Aujourd’hui la lumière aux temps du polythéisme.

Aujourd’hui la lumière dédiée à celle qui ne prend plus ride.

Aujourd’hui la lumière n’a pas d’odeur.

Aujourd’hui la lumière scande le temps.

Aujourd’hui la lumière posée là, tout simplement.

Aujourd’hui la lumière, poing levé.

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BEL ETE, BELLES LECTURES : 5 romans à (re) découvrir

Parfois on me demande des titres de livres que j’ai aimés ces dernières années ( bien sûr il y en a plein d’autres mais je me suis tenue à un chiffre restreint), alors voici aujourd’hui les 5 romans que je conseillerais à mes amis lecteurs. SE

L’attrape-coeur de Salinger ( 1951): longue déambulation dans New York d’un adolescent viré de son école, qui ne trouve sa place nulle part, trimballe son mal être et sa rébellion contre toute forme d’hypocrisie et tout ordre établi, y compris celui que voudrait lui imposer ses parents. Un récit à la première personne qui nous immerge dans le monde intérieur d’un gosse de 15 ans. Décapant de par la langue, les thèmes et les pensées.

Une saison de nuits ( 1963) « Run River » de Joan Didion

«  Lily entendit le coup de feu à une heure moins dix-sept minute. »

Tel un personnage magnifiquement romanesque, la femme d’ Everett Mc Clellan, Lily Knight fit couler dans son décolleté une rasade du parfum Joy, Le Plus Cher du Monde.

Ainsi entrons-nous in medias res, au choix, dans un roman policier, un drame passionnel ou une tragédie, à moins que « Run River » de Joan Didion relève des trois genres.

Trois actes ( août 1959/ 1938-1959/ août 1959) pour dérouler le destin tragique de deux dynasties de pionniers californiens, unies par les liens du mariage, et pour qui, comme le souligne l’épigraphe : «  « … le véritable El Dorado se trouve toujours plus avant. » (1837 New Guide to the West). Une histoire de couple qui dégénère «  en famille » durant vingt ans jusqu’à cet acte aussi dépourvu de sens qu’un grand amour qui s’érode et qui meurt.

Un roman porté par de sombres et splendides personnages qui s’enferrent dans des liens d’amour malheureux, deux personnages féminins surtout : Lily qui reste toujours à distance et d’une cruauté raffinée, Martha, celle qui ne se résout jamais à jouer la comédie des bonnes manières, celle qui ne cherche pas le bon ton pour dire sa douleur. Qu’ils soient père ou mère, amant ou époux, frère, sœur ou encore belle – sœur, chacun avance son pion en faisant tomber un autre.

Le fil conducteur semble être cette rivière qui gronde au pied de la demeure des Mc Clellan, et son ponton qui sert de scène finale lorsque le vent s’est levé et que la fureur de l’eau a tout emporté.

Le premier roman de Joan Didion, paru en 1963 et traduit en 2014 en français, est donc plutôt désespéré mais curieusement on savoure ce calice jusqu’à la lie.

Une saison ardente ( 1991) de Richard Ford ( celui qui inventa ce personnage désenchanté et attachant que l’on retrouve dans Un week end dans le Michigan et Indepandance Frank Bascombe chroniqueur sportif) ou la désagrégation d’un couple qui se transforme en deux individualités fortes sous les yeux de leur fils en retrait.

Tendre est la nuit ( 1934) de F.S. Fitzgerald, et oui celui de Gasby le magnifique : comment Dick construit un univers féerique pour sauver Nicole son épouse qui souffre de shizophrénie et dérape sur sa propre fêlure. De belles pages qui narrent les soirées mondaines et les belles journées passées sur la Côte d’Azur durant l’entre deux guerres, un décor pour mettre en scène l’effondrement d’un monde.

Shibumi ( 1979)Trevianan ou la rencontre improbable dans un village de la Soule ( Pays Basque) d’un agent secret formé au jeu de Go par un maître japonais, avec la Mother Company, une organisation internationale qui pratique le crime à des fins politiques et financières. Le roman s’ouvre sur l’enfance du héros à Tokyo, de la guerre sino-japonaise à celle du Pacifique. Des passages poignants évoquent la transmission de la douleur et de la force nécessaire pour résister à la douleur, notamment une scène magnifique avec son père adoptif sous les cerisiers en fleurs.
Un polar sous le signe du Shibumi, philosophie de vie, de jeu et de combat qui permet à Nicholaï Hel de nous séduire aussi bien lorsqu’il est en mission que lorsqu’il jouit de sa liberté auprès de sa concubine Hana dans son château du Pays Basque.

Insomnie

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« Petits papiers » du Collectif

INSOMNIE

J’ai renversé l’angoisse du noir,

Le jour ne s’y opposait pas,

Les lumières ne viennent pas d’en haut.

 

Tu restes le témoin hors du temps

Qui retourne à sa cage d’os

Et garde ma peine en terre,

 

Tandis que dégringole

Dans mon cœur superposé,

La mémoire des sommets franchis.

 

Je marche le long d’une carrière sombre

Saisissant les reflets d’argent

De ses ardoises acérées.

 

De si belles escapades !

Lianes enveloppantes du souvenir

Où s’accrochent mes rêves,

 

Mes rêves comme une liqueur

Dont on garde le sourire

Et l’éphémère douceur.

 

Sous les rameaux des acacias

Le temps nous effleure

Et nos larmes sont absorbées.

Insomnie

J’ai renversé l’angoisse du noir,

Le jour ne s’y opposait pas,

Les lumières ne viennent pas d’en haut.

Tu restes le témoin hors du temps

Qui retourne à sa cage d’os

Et garde ma peine en terre,

Tandis que dégringole

Dans mon cœur superposé,

La mémoire des sommets franchis.

Je marche le long d’une carrière sombre

Saisissant les reflets d’argent

De ses ardoises acérées.

De si belles escapades !

Lianes enveloppantes du souvenir

Où s’accrochent mes rêves,

Mes rêves comme une liqueur

Dont on garde le sourire

Et l’éphémère douceur.

Sous les rameaux des acacias

Le temps nous effleure

Et nos larmes sont absorbées.

Sandrine Elichalt

Parfum thé noir au chocolat 3

– Prendrez-vous une tasse de thé noir au chocolat ?

Madeleine, occupée à rajuster son étole, ne répond pas immédiatement.
– Mon fils ne t’a donc rien dit de moi ? Je déteste les thés aromatisés, le champagne rosé et les boudoirs.
La petite figure de Blandine se fripe soudain. Madeleine éclate de rire.
– N’écoute pas ta folle de belle-mère. Mais, plaisanterie à part, je préfèrerais une coupe de champagne.
– Êtes-vous bien installée ? reprend Blandine.
– Tout est parfait, tes parents m’ont réservé la plus belle chambre, j’ai même un balcon encadré d’une magnifique glycine.

Le visage de Blandine se détend complètement et Madeleine en voit toute la finesse mais aussi une certaine rondeur qui l’émeut plus qu’elle ne le souhaite. Ainsi, son fils apprendrait à être un homme, peut-être un père auprès de cette toute jeune femme. C’est alors qu’elle aperçoit, sous les lianes de son balcon, une ombre qui les contemple. Elle reconnaît son propre frère.

Sandrine Elichalt

« Face à face »avec Henri Michaux

« En tessons de vous-même » H.M. (Centre Wallonie- Bruxelles, 127 rue Saint Martin Paris 4ème)

Aujourd’hui

Je fuis les regards de ceux qui croient me voir et tu décides de te taire puisque les mots t’éloignent de celui que tu es

Je me sens embarrassée des autres mais aussi de moi-même

Aujourd’hui

Tu écris comme l’intérieur est turbulent, comme tu nourris ta rage aux chardons ardents, comme je coupe les têtes qui se prennent dans mes branchages

Ta tête, habillée d’arborescences n’en finit pas de fragmenter le ciel et mon corps se fatigue dans tous ces inachèvements

Aujourd’hui

Si mes gestes sont d’empathie, mes mouvements sont de refus

Donc tu te retranches, je me mets en retrait

Car la confrontation avec les autres remuent mon immense chagrin

Il n’y aura donc pas de trêve?

Tes écorchures

Mes ratures

Tes épuisements

Mes affolements