Le pacte autobiographique

Si j’avais été blonde, mes parents m’auraient appelée Marie-Line. Peut-être que je ferais du 95D à l’heure actuelle, peut-être que je porterais des string et que je parlerais à la Sophie Favier. Va savoir. Au lieu de ça, ils ont accouché d’un gros bébé joufflu avec des oreilles de Djumbo et des pieds comme de la vigne, déformés. Un truc qui a parlé tôt, avec des cheveux noirs, des cils noirs, des sourcils noirs et des ongles longs de deux centimètres.

Je suis née un 21 janvier 1961. Que des un. Mais ça je crois pas que ma mère l’avait programmé. Elle avait débarqué début décembre avec sa valise. Ils s’étaient moqués d’elle à la maternité. Elle était repartie chez elle sans défaire la valise. Elle marchait les jambes écartées. A cause de la tête qui sortait. Mon père aussi s’est moqué d’elle. La deuxième fois, quand il a fallu y retourner, elle ne voulait personne. Pas d’infirmière, pas d’aide-soignante, pas de sage-femme. Personne. Seulement son médecin. Elle voulait seulement qu’on la laisse tranquille.
Ma mère a toujours dit que j’étais bien là où j’étais. Que je n’étais pas pressée de sortir. Qu’après je lui ai fait payer.
De mon côté, j’ai toujours pensé qu’il y avait du vrai dans ce qu’elle disait.
Mes premiers rapports au monde furent difficiles. Ils le sont encore à l’heure où je vous parle.
Mes pieds sont réparés, mes oreilles sont devenues acceptables avec le temps, et ma mère a vieilli. Pourtant, je boite à vivre. Je peine encore à respirer.

 

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Notes au jour le jour

    Lundi – Bol alimentaire endémique

Mes nuits comme une baluche de méthane percée.
Le bol tue l’amour.
Le bol du petit-déjeuner aussi, sur nos bouches en décomposition.
Bonjour mon chéri, bonjour.
Je ne lui dirai pas. Je ne lui dirai rien.
Mon amour tout patiolé au fond.
Le ramassage des escargots.
La mise à mort dans le bocal nocturne.
Tout ce gaz…
Dans les caves de Trappes et d’Evreux.
Les cages de la Madeleine.
8 heures, 9 heures et encore 10 heures.
Ils donnent des noms.
Ils tirent sur l’élastique.
Les cages de ma mémoire.
Le marché du dimanche.
Et mon oncle Michel.
Tous ces gaz…
sur l’élastique
de la culotte.

    Mardi – Construction du 4ème étage

Il pleut/ Trintignant/ Gustave/Escherichia coli.
« Elle venait à peine de comprendre que l’on est vieux pour longtemps. »
Qui est Jonathan Franzen ? A quoi ressemble Sophie Brentwood ?
Peut-être que je ne vaux pas grand chose finalement. Peut-être que oui le point de vue ne tient que par son lieu d’origine.
Qu’ainsi se rapproche le 4ème étage, les trous noirs dans le béton contraint à demi masqués par les prunus adultes.
Qu’ainsi il la rassure.
La libido écrasée dans le tablier bleu, je me sens cruelle, je me sens pointue/septembre.
Leçon de rattrapage/à l’oral/oui/oui/la poudre aux yeux de l’automne/le marchandage.
Une journée de plus, d’accord ?
Une journée de plus. Ce n’était pas ainsi que je voyais les choses.
Une jeune fille. Sous un archer. Derrière la vitrine.
Dans la photo, cette part de soi définitivement perdue. L’inévitable amnésie qui érode les souvenirs comme un gruyère.
Ce sourire me reste familier. Cette façon qu’elle a de rejeter la gorge en arrière.
Pourtant je me suis détachée. Mes yeux fuient l’objectif.
Ces points de focale, dirais-tu.
Hier,
j’ai aimé parler à mon frère.
Et puis. Gentiment. Il lui demandait si elle ne s’ennuyait pas trop. Toute seule. Comme ça.
Elle en fut touchée.

    Mercredi – Hypothétiques lenteurs de la vie

J’aurais pu intituler la journée d’hier «Ouverture d’un Codevi».
Je ne sais pas à quoi ça sert un Codevi. Je pige que dalle au vocabulaire. C’est un vocabulaire sueurs froides. Ces histoires de plafond et tout ça…J’ignore où sont  mes intérêts, au fond.
Je longe ma vie.
C’est vrai que l’on est vieux pendant longtemps.
Ainsi me refait-il une santé bancaire. Pour redorer ton image, dit-il.
Les fous rires avec ma fille dans la voiture ce matin. Pour un rien. Se toucher la main juste pour se toucher la main. Et rire juste pour rire.
Des vapeurs s’élevaient au dessus de l’étang en descendant la côte de la Cavée.
Après je me suis assise sur le tabouret défoncé. Putain qu’est-ce qu’on est mal assis !
J’ai enregistré les dernières pièces jointes.
Ce genre de choses qu’on dit quand on présente son amoureux pour la première fois à ses parents – ils avaient été froids, distants. Tellement distants.
Un principe actif : les hypothétiques lenteurs de la vie.
Quand est venu le soir, il m’a demandé à nouveau si je ne m’étais pas ennuyée, toute seule, pour manger, comme ça – Je leur  donne des moments sans moi. Je ne leur vole pas. Ils pourront s’en souvenir. Elle pourra me remercier, un jour – Je m’étais fait des pâtes au beurre salé avec un filet de dinde fumée en écoutant le treize/quatorze.

    Jeudi – Une sauterelle écrasée sur le lino rouge

Le froid s’est resserré sur la terre, a comprimé les mottes. Je déteste ça. Ces moignons suppliciés à demi enterrés.
7h20. Mettre le café au micro-ondes. Enfiler un pantalon par dessus mon pyjama. Préparer les céréales. N’oublie pas de te laver les dents. N’oublie pas le bonnet de bain.
Une journée de retard. Toujours une journée de retard.
Me la pardonneras-tu ?
J’ai terminé « Personnages désespérés ». Ma main lisse la couverture bleue. Une fois, deux fois. Un long soupir. Un truc qui dure. Je me rends compte que ma respiration était restée bloquée, que pendant ma lecture je ne respirais plus.
J’ai retenu mon souffle dès l’instant où Sophie Bentwood se fait mordre par le chat.
Est-ce que je sors d’une anesthésie générale ? Est-ce qu’on m’a ôté un organe ?
Des foies de volaille dans un compotier!
Sophie ne saura pas si l’animal avait la rage, du moins subsistera-t-il toujours un doute.
Otto lancera la bouteille d’encre sur le mur comme un aveu déchirant d’impuissance.
Le lecteur, quant à lui, saura que l’inquiétude était fondée.
Je voudrais tant t’aimer. Je voudrais tant t’aimer.

    Vendredi – God Save the Queen/La banquise craque/Et la France vit au-dessus de ses moyens.

Il m’en a coûté de répondre à la lettre rose.
Voilà.
C’est fait.
Je ne veux pas de sa main propre.

Ailleurs.
J’étais ailleurs.

Ma vie posée comme un objet, je devais nettoyer les rosiers. Une petite taille avant de ramasser les pétales. Il fait tellement sombre aujourd’hui !

Et puis de dos, la nuit.
Non, tu ne l’as pas eue enfin. Nous nous sommes évités n’est-ce-pas ? Comme souvent. Comme jamais.
Ma colère est tombée.
God save the Queen, God save ma colère, cette reine de terreur, cette reine de malheur.
Je voudrais tant t’aimer.

 

En vertical, treize lettre, perce-oreilles. Tirée par les cheveux : vociférations.
Tirée par les yeux : neige.
Pourquoi devrais-je me sentir aussi désespérée ?
Je ne provoque pas le destin.
Je reste là allongée.
L’heure du train.
Ne pouvant rien faire d’autre.
Il fait gris.
La grue jaune.
God Save the Queen et God save mon spleen.
L’heure des banquettes marronnasses,
vers Rouen, surhaussées.
Attendant.
Mon sandwich américain
toujours frais.
Mon quart de Cristalline.
God save le spleen
de ne pouvoir aimer
te fumer
plusieurs fois
par jour.

La banquise craque. Ils veulent inventer des machines pour garder les glaces. Pour empêcher la fonte. Ils veulent faire tant de choses. Ils le disent tout le temps.

Attendant.
Le train des eaux qui montent
Le train qui chauffe
Le cul sur la pierre chaude
Tcha-ka – Tchak
Tcha-ka – Tchak
Tchakatchak

    Samedi – Oui je me souviens

Des heures froid/chaud de l’autobio.
Et finalement on chipote sur la forme.
Pas sur le fond.
Quelqu’un a sonné à la porte, dans la nuit et les châtaignes brillaient dans le soleil.

 

La brouette

Ma vie

Tient

Dans

Une

Brouette

Je la trimballe

Petite chose

Irrationnelle

Qui me contemple

Muette

Graisser

La poulie

Qui fait

Du bruit

Se retirer

De toi –

Le rocher –

Pour retourner

A l’autre –

Le rocher

Car je sais

Que ça boîte

– tu vois –

 

J’aime/Je n’aime pas

J’aime

Les levers de soleil, quand il est très tôt, que j’ai la route pour moi, que je sais où je vais.
Manger un œuf coque.
Les mots qui lubrifient, les mots transitionnels, les mots pour repasser du fond à la surface.
Les caractères d’imprimerie en bois, le M en particulier.
Des draps frais, être allongée sur le dos, lever les doigts dans la lumière, tracer un mot invisible.
Ce boursouflement qu’on a dans la poitrine quand on reconnaît quelqu’un sur un quai de gare. L’impression de n’avoir vécu que pour ce moment-là. L’envie de mourir juste après.
Les yeux d’Anne, bouillants. Une pierre de lave.
Les mots pour porter l’émotion, les mots pour m’en extraire, ceux qui trépignent pour s’aligner dans ma tête…la partition des mots dans ma tête.
Les sas, les sas physiques, les sas mentaux, comme parcourir une distance, longer un couloir, traverser un pont, écrire sans savoir ce qu’on va trouver au bout, ne rien faire.
Marcher dans mes quetchua. M’interroger sur le nom des plantes. Attendre un peu avant de boire à la gourde.
Les livres, leur peau, leur odeur. Les conserver. Les voir jaunir. En acheter plein avant de partir. Être fidèle à un auteur.
Regarder les gens dans les yeux. Regarder tout court.
Chercher du sens, donner du sens, trouver du sens. Me retourner comme un gant, voir ce qu’il y a dedans.
Quand il y a contact.
Les mots forts : complicité, authenticité, enthousiasme, créativité, fidélité, engagement, projet.
Le tir à la flèche. L’arc du corps.
Quand on me fait confiance. Quand on me choisit. Quand on m’encourage.
Paresser au lit avec les « Personnages désespérés » de Paula Fox et écouter les Fous du Roi en même temps…
Les bars où j’écris, le soir, avec une salade pour pas dépasser mon forfait.
Classer, emmagasiner, mettre au propre, donner une nouvelle forme, synthétiser, intégrer, digérer. Quand les pochettes sont neuves.
Monter sur les épaules de papa, quand j’étais petite.
Les angles de vue, l’avocat du diable, pas la niqueuse de soirée mais presque.
Les bars où j’attends avec ma valise.
La cour de chez nounou – le verger de chez nounou.
Faire ma petit mise en scène, et après, à la pause, entendre quelqu’un me dire « Vous avez fait du théâtre, ça se voit. ».
Prendre, dans mes bras, dans ma bouche, dans mes mains.
Le puit de l’école.
Les oranges d’Abidjan, marché du Plateau.
Toucher.
Le quartier des tanneurs à Fez.
Être prise, dans des bras, dans une bouche, dans des mains.
Les femmes blanches d’El Golea.
Être touchée.
Les femmes bleues de Gardaïa.
Emue, remuée, submergée, bouleversée, anéantie, ramenée, relevée, épicée, stimulée, grisée.
Quand je suis la pointe d’une aiguille.
L’unité.
Quand les amours adolescentes brûlent sous la lune.
Des nuits ardentes.
Rechercher dans un tiroir.
La mort quand elle est douce.
Les plantes aromatiques
Les Manifestes de Gloire.
La peau pour agripper, la peau pour limiter, la peau pour exploser, distendre, se ramasser.
L’odeur du cigare sur le daim de papa.
La peau de mon enfant qui recouvre mes songes.
Le vieux puits.
La justesse des échanges. Les réajustements, les courbes de niveaux.
L’affrontement. Les composants électriques. La résonance des cuivres dans l’arène.
Le cheval et son cavalier sur la petite route de San Lorenzo.
Quand celui qui m’aime, m’aime. Qu’il n’y a pas à demander.
Les pierres. Les cailloux.
L’ambivalence. L’eau qui s’écoule.
L’énergie de mon amie.
Les tâtonnements, les sondées, les premières fois.
Sculpter le vif du sujet, faire le tour d’une idée, l’achever, conclure. Ne jamais lâcher le morceau.
L’odeur de l’ail qui rissole dans la poêle. Poser le plat sur la table quand tout le monde a faim.
Tes yeux quand tu veux faire l’amour.
Les mobylettes, nos tee-shirts blancs, la poussière du Capadocce.
Quand tu ne vois pas que je te vois.
Les galets blancs sur ma peau bronzée.
Quand j’étais jeune.
Quand tu fais ton p’tit mec.
Ou quand tu ramasses les escargots, la nuit.

Je n’aime pas

Les crépuscules à Saint-Michel, les meubles rustiques, le silence autour du scrabble. Raconter, un début, un milieu, une fin.
Faire dégouliner le jaune sur la coquille.
Les mots tatasses, les mots qui enlisent, les mots comme des préservatifs souillés.
Le e collé.
Sauter d’un mur.
Quand le drap du dessous est débordé, quand le drap du dessous est mouillé.
Ce grand trou dans la poitrine – 20h 29 – cette habitude dans la poitrine. Quand tu reviens pour personne.
La poubelle quand Anne a vomi.
Les mots qui t’allongent direct – pas pour une foutue partie de plaisir !
Les trucs bouchés, comme les éviers, les canalisations de chiotte, la compréhension, la vue.
Faire la promenade des Anglais dans mes chaussures de Madame Tournier.
Les pétasses qui s’appellent Fanny.
Les pétards dans le cul des rats.
Quand la gourde est vide parce que j’aurais dû en prendre avant, de l’eau, et que je n’ai pas voulu.
Les Poche. Quand on corne les pages. Les livres de la bibliothèque, avec des annotations.
Les lettres roses de Martial.
La véronique, noire, avec la raie des fesses pleine de merde. Les yeux qui fuient quand on les cherche.
Les migraines ophtalmiques, les pyelo-néphrites, les examens rectaux.
Quand ça n’intéresse personne. Qu’un ange passe. Qu’on entend le bruit les cuillères à soupe.
Rater une poignée de main.
La société-bracelet, le code d’Hamourabi, l’idée que la pression du groupe peut nous amener à trahir nos valeurs. Les mots de petite couille : faut pas être trop gentil, faut pas trop y croire.
Le tir armé. La cellulite, les peintures de Bottero, Quand c’était treillis, chasseur alpin.
Les femmes obèses dans le hammam. Les piailleries.
Quand on me demande des comptes sur ce que je n’ai pas fait.
Quand je me fais cogner.
Ne pas pouvoir remonter, ne pas pouvoir remonter. Entendre le réveil qui sonne.
Les relations pêt-de-nonne, qui vous lâchent sans prévenir. Ceux qui disent que c’est pour bon pour toi.
Ëtre allongée comme une momie, dans un petit hôtel de Province, dans un petit lit de merde. Parce que la couverture est trop fine, qu’il n’y pas d’oreiller, que la télé est pourrave.
Mettre des feuilles dans des pochettes plastique, trimballer mes classeurs du garage à la maison et de la maison au garage.
Marcher dans mes chaussures orthopédiques quand j’étais petite, que j’avais les oreilles trop grandes.
Quand on comprend rien à ce que je dis, qu’on me traite de chieuse.
Les bars où j’attends depuis deux heures, avec ma valise, quand je viens de me taper le Caen-Strasbourg-Strasbourg.-Paris.
Les yeux terribles de l’arrière arrière grand-mère et de l’arrière arrière grand-père, dans la mansarde, Place de la Poterie.
Quand je rêve que tout le monde s’en va, qu’ils quittent la salle, les uns après les autres et que je continue de parler quand même.
Quand mon corps est tout raide ou sec ou minuscule ou fragile ou trop mou.
Qu’ils ont coupé les châtaigniers, étalé le goudron.
Quand le corps de l’autre est tout raide ou sec ou minuscule ou fragile ou trop mou.
Qu’ils l’ont emmené dans la fourgonnette, à coups de matraque sur le bout des doigts et sur la plante des pieds, et qu’il a disparu, marché de Treicheville, à Abidjan.
Quand je pue de la gueule, que tu pues de la gueule.
Quand mes mains saignent à cause du froid. Le bois sec qu’il faut aller chercher.
Les yeux du rat. Mes chaussons écossais.
Quand y a rien.
Quand y a rien.
Quand y a rien.
Les enfonceurs de clous à Stutgartt.
Les gars avec des gourmettes en or et des colliers à grosse chaîne.
La dispersion. Moléculaire par exemple. Celle des gens qui fuient un territoire, de ceux qui sautent des tours lourdement, de ceux qui pourrissent dans les services de long séjour.
La pisse de souris.
La mort attachée, famélique, celle qui bave, qui n’a qu’un drap pour se réchauffer et de la bouillie dans une cuillère en plastique.
Les propagandes l’air de rien, les lois anti-tabac, anti-crise, anti-trou, anti-ceux qui creusent le trou.
Les restes de pain moisi sous cellophane.
Quand maman se plaint de son estomac. Quand elle tricote avec ses doigts. Quand elle tricote avec ses lèvres.
Quand y a rien. Que c’est la même chose.
Les trucs où y a plusieurs niveaux. Avec des double-fonds. La trahison. Les gens qui piquent par lâcheté ou par faiblesse. Les gens qui boivent le sang.
Les collections de petites bouteilles de parfum.
Me faire bousculer. Jamais entendre « Pardon ». Toujours entendre « Toujours, tu… Jamais tu…».
Le scorpion sur le mur.
Les criquets géants de Croatie, sur les pylônes électriques de la crique de Tula.
Les décharges.
Vieillir.
Les vers de peau.
Me répéter.
Quand les escargots bavent dans le bocal.
Quand j’ai les cheveux gras.
Quand il y a plus grand chose, ce qui est pire que rien.
Quand j’étais jeune, la nuit, et que je ne dormais pas.

 

 

Motivations d’écritures

Imbroglio de mots indomptés qui se démêlent sur le papier.

Le son de l’ânesse, celle qui ne sait pas encore mais qui se laisse bercer.

Les sons qui s’abaissent et rampent sous la plume. Celui qui les lit, celui qui me lie.

D’abord pour lui – l’appât

Puis pour moi – la distance.

Jeu de yoyo. Viens dans mes mots. Retire toi de mes maux.

 » Ecrire ! s’écria-t-elle, mais c’est un crime ! C’est tuer le vagabond qui erre sous ma crinière. C’est reléguer le cri au rang de bip sonore. Et moi j’aime ce crime.

Alors, la page dévore mes pérégrinations ; je les vois comme je vois les nuages ; pas de formes ; toutes les formes ; et je souffle ; et ils s’étirent. Et moi aussi. Je peux enfin paresser, les mots m’ont débordée.

 

Un col "Souviens-toi"

Oui.

Un passage étroit.

La femme qui lance des serpents avec des yeux comme des forges.

Oui.

C’est un peu de cela.

Judith rejoignant le désir d’Holopherne.

Les chaussures orthopédiques – assurément – ont joué un rôle moteur.

Après – oui – ce tâtonnement de la grosseur d’un caractère.

Les italiques dantesques couchées dans la fange de l’inconscient commençant déjà à dégueuler d’étranges femmes-troncs.

Ecrire.

Faire descendre le seau au fond du puit.

La poulie grinçante remonte des auto-portraits vitriolés d’Arthaud-Le-Momo.

Ce môme qui me nargue avec son air de « moi j’suis tout nu et je t’emmerde ».

L’œil vissé à l’orifice. Le doigt à faire le tour.

Dans un sens puis dans l’autre.

Légèrement mouillés.

Oui.

Un passage étroit

Avec des manches amples.

Un col « Souviens-toi ».

 

Tropisme

Oui, un tout petit mouvement. Infinitésimal. Quelque chose qui balance comme « I speak. I mean ». Le grand danois qui colle une étiquette sur la porte du 71. Ça démarre avec quoi cette fois ? Alcoolique ? Pas organisée ? Autre chose ? La mort encore ? Son visage inquiet. La faucheuse qui part au quart de tour. Accrochée à l’échelle de pompier. C’est pas en haut que tu vas me trouver. Mais si c’est en bas que tu veux aller, on va y aller ensemble. Les Enfers. Tu vas voir. La cave est moisie. Paris est moisi même s’il fait 28°, en apparence. Son visage est inquiet parce que son mari l’a abandonnée sur le seuil de la boutique. Indésirable. Quoi, 5 secondes. 5 secondes, ma chérie. Te mords pas la joue, putain ! C’est pas la fin du monde. Donc revenir au point de départ. Un tout petit mouvement, infinitésimal. Un froncement du sourcil peut-être. Oui, mais pas tout seul. L’aile du nez ? L’aile du nez est pincée. La lèvre supérieure, légèrement affaissée. Un peu tombante. Il y a plus que ça. Plus que ça. Tu t’agites. Tu brasses. L’espace est pas assez grand pour dire ça.

Alcoolique. T’as la scène pour toi ! Ici, c’est tout petit. Tout petit.

Nip Tuck. Projection privée. Tu charcutes. Tu y penses. Ça se voit comme un nez au milieu de la figure. T’aimes pas ça. Tu regardes quand même. Toile cirée. Ta main sur la toile cirée. Pour le corps du délit. Tu peux nettoyer après. C’est facile. Un coup d’éponge. Tu peux extraire le plus gros si ça te chante. La tumeur. Je dirai rien. Je répondrai pas. Rien. Nécrose. C’est agaçant. Je sens bien que ça t’agace prodigieusement. Cigarette. Il allume une autre cigarette. Allume une autre cigarette. Tu aimes théâtraliser. C’est à coup sûr cela. Il te faut théâtraliser. Toute la rue doit savoir.

Donc revenir au point de départ. Un tout petit mouvement, infinitésimal. Les portes qui claquent. Non, les portes qui claquent, c’est moi. Les crottes de mouche émotionnelle, aussi. C’est comme ça. Tu crois qu’on modifie le cours des choses parce qu’on le décide ? Si cette conne s’empêtre dans le rideau, tu crois que c’est sa faute ?