et si ce n’était pas un cadavre!

… … La femme lui montra la porte de la verrière puis s’effaça. Elle était très pâle, tremblait de tous ses membres et ne put prononcer qu’un « c’est là » à peine audible.
La verrière était uniquement éclairée par la pleine lune.
Parmi la flore envahissante des silhouettes blanchâtres se découpaient. Des statues… …

 

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et si ce n’était pas un cadavre-2


… Des statues recroquevillées sous le feuillage d’un Aralia omniprésent se protégeaient du regard d’un Balzac triomphant sur une sellette de marbre. La serre n’était visiblement pas entretenue…. ….


…. Loduzzo descendit les marches avec précautions. Elles étaient couvertes de mousse. Le lieu était très humide ce qui rendait l’odeur encore moins tolérable. Des lianes frôlaient son front. Un léger courant d’air s’infiltrait par le carreau cassé. Tous ces personnages pétrifiés, à l’abri d’une végétation luxuriante le mettaient mal à l’aise. Il parcourut l’espace avec sa lampe. Des tableaux au mur, des poteries cassées sur l’avancée, un petit poêle à charbon (tiens! il est mignon ce petit poêle!), les montants de la serre en ferraille rouillée, décidément l’endroit n’était pas très fréquenté. Il avança d’avantage, attiré par une petite statue en terre cuite. Trois personnages qui émergeaient de la pyramide de branches d’Aralia… …

merci  à Stéphanie et à Jean-Marc pour leur accueil si chaleureux

 

Les mots de mon trajet

Touax/n° d’indigo/Aubrée

Les Urgences et aussi ce cœur qui bat le long du tram

La poitrine ouverte/Securit

Jonquilles penchées/Mansalèrés/Super Croisés

Les Urgences et aussi ce cœur comme un turban sikh

Au Penjab

Chantier interdit/ Sao-Tomé/Trajet Qatar

Les soldats morts aussi – et c’est l’heure de partir

Arrêt Copernic/Securit

TGV 6827/Major Iko/Suisse-et-Bordeaux

Le salon rouge et aussi ce cœur comme un avatar

Rue Axxo

L’enterrement de Rollo

Rollo est mort. Ecrasé par une voiture. C’était jeudi. A 11h30. Je l’ai vu sur la montre à Mathurin. Rollo, c’était mon chien.

Les roms s’en sont pris à lui, paraît-il parce qu’il avait chipé de la nourriture et puis ça faisait hurler les autres chiens. Rollo, il avait pas besoin d’aller voler ailleurs parce que je le nourrissais bien. Sûr qu’il mangeait plus souvent que moi. Et mieux aussi.

Les roms, ils ont jamais aimé Rollo. Il a dû avoir peur pour traverser le carrefour comme il l’a fait. Sûr qu’ils ont pas dû y aller de main morte avec lui. Ce qui me fout en rogne, c’était que j’étais pas là pour le défendre. Les roms, ils m’impressionnent pas. Ils peuvent dégoiser autant qu’ils veulent, c’est pas eux qui m’impressionnent.

N’empêche, je sais pas ce qui lui prenait à Rollo d’aller traîner par là. Fallait toujours qu’il aille fourrer son nez.

J’ai pensé que c’était bien de l’enterrer dans le terrain vague. Le terrain vague, on y vient souvent, pour la picole. Et pour dormir aussi. On sort le réchaud. On est tranquille, y a que de la friche. Et puis c’est pratique pour les bières parce que Ed, c’est pas loin. Sans compter le centre de consultation, au cas où y en ait un qui se fasse un coma, ça serait pas la première ni la dernière.

Le téléphone arabe, il a bien fonctionné parce qu’ils sont tous venus. Même le chiasseux est là et aussi Jojo. Personne l’a revu depuis l’hiver dernier parce qu’il s’est mis en colle avec une nana de La Rochelle. D’après ce que j’en sais, ça a pas vraiment marché, ils passaient leur temps à se cogner dessus. Sûr que nous, on n’a pas besoin de ces foutus portables que les autres, ils en sont presque à se torcher le cul avec.

Dans la bande, y en a un sacré paquet à avoir un clébard. C’est tous que des bâtards mais ils comptent plus que nous. Rollo, c’était le meilleur. Rollo, il avait plus d’importance que n’importe qui au monde sur cette putain de terre. Et maintenant, il est parti.

Y a des arbres au milieu du terrain vague. Ils sont pas très hauts mais ils sont touffus et ça forme comme un cercle protégé des regards. C’est là qu’on a enterré Rollo. On a creusé dans la terre. J’avais demandé une pelle au gardien du parc. Il nous connaît et il nous emmerde pas. On discute ensemble des fois et ça fait passer le temps. Je lui ai dit que c’était pour Rollo et il a pas fait d’histoire. Il a été chercher la pelle dans la cabane où il met les outils. Quand il est revenu, il m’a dit que ça lui faisait de la peine que Rollo soit parti. Tout le monde aimait Rollo.

Jean-Mi a fabriqué une croix avec des bouts de ferraille. Jean-Mi, avant, c’était le roi de la soudure. Il fabriquait des gabarits. Un gabarit, c’est une forme qui sert à faire d’autres formes. Par exemple, pour faire une coque de bateau, il faut un gabarit de coque de bateau sinon on n’y arrive pas. C’est ça qu’il faisait Jean-Mi.

On s’est tous rassemblés autour du trou. Y en avait un qui avait amené sa guitare. Un pote à Momo, qu’il a dit après. Il a commencé à pincer les cordes et les autres ont chanté.

Après, ils ont sorti les bouteilles et on a commencé à jeter de la terre sur le corps de Rollo. Je l’avais enveloppé dans une veste à moi, la grise, en laine, parce que c’est celle-là qu’il préférait et j’ai eu peur qu’il ait froid. Rollo, c’est mon pote de galère. Il a toujours été là. Je sais pas ce que je vais faire sans lui. La chienne de Mathurin, ça fait un moment qu’elle est grosse. Mathurin, il m’a déjà proposé de m’en mettre un de côté mais moi, je veux pas, ça m’intéresse pas un autre chien.

Quand j’étais gosse, j’en ai eu un de chien. Un retriever. Il était perdu et les vieux l’ont recueilli mais il était rongé par la vermine, une sale maladie. Il bougeait presque plus à la fin. On a dû le piquer. J’ai pas voulu pleurer devant personne, ce jour-là et puis, je crois bien que j’en voulais à la terre entière. Quand j’ai vu Rollo, il était pas plus gros que ma main, je me suis tout de suite dit qu’on serait copains.

La queue, elle dépasse un peu, alors on a remis de la terre. Quand tout a été recouvert, Jean-Mi, il a planté sa croix et j’ai aplani autour pour que ça soit bien propre. J’ai pas dit de prière parce que je suis pas doué pour les prières mais Mathurin, il a parlé de Rollo comme d’un frère et c’était vraiment bien.

Leïla a débarqué avec des copines qui crèchent au foyer de la Maladrerie et d’autres sont allés chercher des bières. On a remis ça et les filles ont commencé à se désaper et à danser parce que le pote à Momo en connaissait un rayon avec sa guitare. Mathurin a dégotté un bout de tuyau en plastique et il a tapé dessus et ça donnait du rythme mais moi, je pensais tellement à Rollo que ça me mettait en boule ce bazar.

Jojo, il est venu discuter un moment avec moi . je l’ai vite gonflé parce qu’il s’est levé et qu’il a commencé à faire du gringue à Leïla. Elle a pas froid aux yeux Leïla. Elle s’est fait à peu près tout ce qui bouge dans la bande et elle picole comme un mec. Je sais même pas l’âge qu’elle peut avoir mais tout le monde s’en fout parce que ce qui compte, c’est de continuer à fourrer sa queue quelque part. Avec la vie qu’on mène, baiser, c’est encore la seule chose qu’on peut faire. Encore qu’il faut pas être regardant sur les conditions. Leïla, elle est peut-être pas propre mais elle baise d’enfer et c’est tout ce qu’on demande. Même bourrée, elle baise d’enfer.

Jean-Mi m’a tendu le pétard. Y avait quelqu’un qui avait réussi à rouler un truc à peu correct et je suis allé dégueuler dans les arbres, pas très loin de là où est enterré Rollo. J’ai les yeux secs mais putain, tout le reste, c’est que de la flotte. Je pleure de l’intérieur, c’est ça qui se passe, je pleure de l’intérieur. Mon pauvre Rollo. Il méritait pas ça.

Les chiens, ils se sont mis à l’écart et y en a un qui gémit de temps en temps ou qui dresse les oreilles comme si il entendait quelque chose que nous on peut pas entendre. Sûr qu’ils savent pour Rollo parce que y a pas plus intelligent qu’un clébard même si y a encore des connards pour dire le contraire. Rollo, j’avais pas besoin de lui parler, il comprenait tout. il lisait dans mon cœur. C’est pas comme avec les autres où faut toujours s’abaisser pour avoir quelque chose, faut se mettre à genoux. Moi je dis que c’est pas de la dignité de faire ça.

Les gonzesses, c’est pareil, ça fait du chichi pour un rien, et tu m’as pas fait ci et tu m’as pas fait ça, c’est toujours en train de réclamer. Rollo, il avait juste besoin d’être avec moi.

Ils sont partis à quatre chercher des bières. Pas les mêmes parce que sinon les caissières, elles veulent pas nous servir. Elles ont des instructions pour ça alors on y va chacun notre tour. Je m’en suis avalé deux mais j’arrive pas à chasser le goût du vomi dans ma bouche. Y en a qu’avaient amené du caldos et du pâté, des trucs dégueulasses qu’on nous refile à la sortie des magasins ou qu’on ramasse dans les poubelles. On a l’habitude. Et puis, quand tu fais la cloche, tu choisis pas la qualité, t’as intérêt à avoir l’estomac solide, c’est tout.

Ça c’est mis à gerber un peu partout parce qu’on commençait tous à en avoir un sacré coup dans l’aile, même Jean-Mi. D’habitude, il est pas comme ça, Jean-Mi. D’habitude, c’est le seul à tenir la distance. Faut dire qu’il a ce qu’il faut niveau masse musculaire. Moi, à côté, je fais pas le poids. Jean-Mi, il m’a aidé plein de fois. J’étais même plus capable de me relever de ma merde, que même Rollo, il y arrivait pas, mais Jean-Mi, il était là et il m’a remis debout et il m’a rien dit, il m’a juste remis debout et il a nettoyé la merde que j’avais dans les yeux. Il a fait cinq ans de taule, Jean-Mi. Pour spoliation de propriété qu’il dit, et j’en sais pas plus et je veux pas en savoir plus parce que ce qui compte, c’est qu’il s’en soit sorti. Les gens de la rue, ils aiment pas parler du passé, pour ce que ça sert de remuer la merde quand c’est ce que tu vis tous les jours.

Jojo et Leïla sont sortis des fourrés et Leïla a pris une canette et elle y est retournée mais cette fois, c’était le tour de Mathurin et je me sens vraiment pas dans mon assiette. J’ai une sorte de pointe dans le cœur et putain ça veut pas s’en aller. J’ai toujours l’impression que Rollo va débouler d’un moment à l’autre, il va me lécher les oreilles comme il fait d’habitude et je vais lui dire que c’est un brave chien. Je sais pas comment je vais faire maintenant que j’ai plus Rollo.

Le terrain vague, c’est comme si il s’était mis à flotter. Une grande cape noire qui claque au vent. Je me rappelle quand j’étais môme. Les bruits de la piscine, ça m’éclabousse, alors je me mets la tête sous l’eau et tout est déformé. Les clapotis. Au ralenti. Brave chien, Rollo. Gentil, gentil. Viens, Rollo. Viens mon chien. On va partir tous les deux. On va quitter le terrain vague, hein mon Rollo…

J’ai senti sa truffe froide dans mon cou et l’herbe.

L’étoile du berger a scintillé.

La cape est descendu sur moi.

J’ai fermé les yeux.

 

Esquisses à Bois Guilbert

Fumier –

Loin derrière la cavée, troisième virage en épingle –

L’odeur lourde qui fermente dans sa

Cornée d’abondance, un éclat

Fiché au passage.

Avant le domaine.

Feuille d’érable

ou du cèdre.

C’est quoi la matière ?

Les corps comme ressurgis de terre.

Elle était là. La croupe offerte et la nez dans la boue.

Les primevères craquaient sous mes pas.

Une feuille s’était collée – et la terre avait la consistance du bois –

Les pieds me revenaient à l’envers.

Je pensais ainsi…

Ne pas m’arrêter sur la seule logique du caoutchouc.

Ne pas retenir le tracteur.

Je pensais ainsi…

Filles en bottes – Autres filles en bottes – Taupe de KGB – Tronc

Le soleil avait mis son cache-col pour me faire chier.

Et les pics ne me glaçaient le sang qu’à moitié.

J’adhérais à la glaise où s’entassaient les corps.

Le coq s’est éloigné, apparemment distrait.

Les corps restaient agglutinés au milieu des bogues

– ne se regardant jamais –

et se touchant à peine

dans le reflet des mares

et des aubépiniers.

Tubulaires exquises.

On voit qu’elle se tenait les côtes.

Qu’elle réclamait sa part.

« Un cinquième du territoire », dit Claudine.

La nature est obscène de sérénité.

Un pneu.

L’activité de l’homme :

des petits tas, bien rangés.

Meuh. Meuh.

Dans le champ dévasté,

l’autre fiancée.

Les fées étaient-elles dans les buis ?

Hum, l’odeur qui nous appelle au centre.

L’odeur qui lance.

Jardins de Roma en Normandie.

Et le braiement de l’âne régulier

Comme un moteur.

…Il manquait l’épitaphe…

Ils se tenaient les mains et j’écrasai du houx sur mon passage.

Totem : je pense à Madeleine, à Jean qui ramenait des pierres.

Et c’est aussi pour ça que le dôme me transporte vers toi,

plâtre et calcaire

les ruches derrière,

vertes et rouges,

et son dos fier.

Il y a de la rosée partout.

Ce n’est pas un désert qui coule de ma veine.

De côté, elle s’était tournée, dévoilant autre chose.

Forclusion.

Ce dos privé d’orientation

Qui penche à gauche.

Le bosquet de bouleaux où je n’allais pas.

Un couple : et ils se divisaient.

Vissés à l’arrogance des sexes.

J’ai reconnu Molière.

Le jupon qui frémit sous la broussaille.

Des coques renversées (la mer s’éloigne).

Têtes pensantes (la mère revient et lange).

L’enfant mort que je n’ai pas vu derrière la chapelle.

Le contralto du bourdon printanier.

L’arlequin écartelé si prés de la clôture.

…C’était la mode des pattes d’éph et des fils que l’on tord.

C’était hier…

Et le talon d’Achille

Coupé à la base.

La souche me prenant au mot

Planté profond.

Cette première impression de traverser des tombes

Sans déranger.

C’était de la viorne.

Le tronc d’un hêtre pourpre.

Il leur donnait des noms.

Le violon.

Ces femmes que l’on couche

Au balcon de Corneille.

Père et fils.

Hortensia de dentelle,

(ciment – résine)

sur le devant de scène,

elle va sortir

dans ses cerceaux,

elle va tendre sa main.

Et elle ne dira rien.

 

Journal de bord en métro aérien

05/03/07

Au fil de la rame

Le cœur court

Jaurès- Stalingrad

Comme un air oublié

« La bière, la bière »

chantait LSD

06/03/07

Eaux troubles

En silence

Colonel fabien

Avant que Jaurès

ne m’arrache

Daniel Arsand ?

« SOS Malus vous assure »,

le saviez-vous ?

07/03/07

TOTAL

OLD EL PASO

Ton visage bleu

Sur le néon

08/03/07

10h10, rue du faubourg St Denis :

« Ulysse, la liberté de se déplacer »

Franchement, c’est quoi ce concept de la femme médusée ?

Immobilisée, figée dans son attente, à se laisser pousser les cheveux pendant que son mec se tape des sirènes

09/03/07

Rue du faubourg St Denis

Encore ce foutu camion d’Ulysse

Marcher

Avant de vous rejoindre rue de Paradis

Franchement, l’avez-vous fait exprès ?

 

Bois Guilbert, Bord d’eau

Elle étire ses bras

Son visage contre sa poitrine, il s’est collé à elle comme un enfant

Puis il s’est éloigné

Il lui avait pourtant dit

Rejoins-moi

A « la rose des vents »

Rejoins-moi

Pourtant, au loin

La longueur de ses bras

Il y avait cet homme qui les regardait, son livre sous le bras, sa silhouette en T se détachait, cuivre sur fond vert, « hanté », elle avait pensé, comme Le château d’Otrante, avant que la femme ne monte sur la nacelle.

Elle ne s’envole pas. Non. Elle se tient droite, visage contre ciel.

Tu peux toujours écouter

Sa main contre ton sein

Tu n’entendras rien

Mouchette

Elle est restée longtemps assise au bord de l’eau

puis elle a recroquevillé son corps

Matière fœtale

Et glissé

Roulé son corps contre l’herbe avant de tomber

Gros caillou à l’eau

Mouchette

 

C’était avant cette femme nue

Visage noyé dans l’herbe

Qu’attend-elle ? Que pense t-elle ? De quoi sont faits ses rêves ?

Au bord de l’eau, il y avait cette musique de bal musette. Ça lui donnait envie de danser. En attendant. Avant que tout commence. Vraiment. Ça lui donnait envie de danser.

Dans l’herbe. Des bottes en caoutchouc et des silhouettes cachées. Ils regardent. Ils attendent. Ils s’éloignent, se regardent. Ils se sont figés. Là. Pour l’éternité. Mais non. Tu t’es trompé. Ce n’est pas la mer allée avec le soleil. C’est la terre. C’est la terre.

Tous. Yeux fermés. On peut voir la courbe du cil contre la peau. La bouche qui s’est fermée. Le corps immobilisé. Tous.

Dans la lumière du soleil.