Pays de Loire

Nos premières résidences d’été

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Morsure

Lecture de rouleau collectif par Isabelle Vincent, 2010

Paysage – option décalée 2

Rhabdomancie des nénuphars
Qui suggère bientôt frémie d’un seul coupe-circuit d’ombres
Juste la tendance à rassir l’ouie de mortes- eaux
De faire palpiter la terreur.

Aux marcottes des torts
Des filoselles du critérium aux temps pliés
Pétries qui floutent et falotes qui soustraient
Pour faner la parthénogenèse de l’eau sensibilisent la lunaire

Des cicatrices de soleil des auteurs lithinifères

Et quand les bakhélites deviennent involutées
Elles vont douter dans la gueuserie des lippes.

 

Réécriture de  » Révolte de la neige » de Paul Éluard Capitale de la douleur

 

L’infini se défait à l’intérieur du paysage de tes épaules

Au-delà de ta nuque, ils parlaient tous italiens; qui déjà rêvaient au paradis depuis l’assèchement des nappes ourlées. Dans les estampes libertines que durant de longues heures ils avaient feuilletées, les putes mortifiées s’évanouissaient, telles une nuée d’oies brouillées.

 

Le bizarre s’est dispersé, le beau s’est  déposé.

Tu as encore eu mal à l’estomac. Tu as toussé, en retrait. La coque couleur de plomb s’est parsemée de grandes taches, as-tu proféré à voix haute en te détournant de la lucarne des cabinets.

Depuis le plus jeune âge, les rigoles sur ton torse sont passées de déconcertantes à familières et tes épaules nues ont eu le temps d’imaginer l’inconfortable infini.

En son for intérieur – ni loin ni proche de son paysage

C’est l’absurde éviction de tes larmes innocentes, quand t’affronte le Malin.

C’est se pourlécher les babines sur une page vierge, quand dort la blessure guerrière.

C’est l’infatigable navigateur sur lequel se déverse le murmure enfantin, quand s’échancre le sédum et les sporogones effilés.

C’est tout jeu de séduction, quand le mystère des origines soulève des rideaux cramoisis.

C’est Rrose Sélavy empêtrée avec les fétiches du paquebot, quand dans la cale entassés ils flirtent avec l’océan.

C’est la mort quand elle bouge, folâtre avec les vivants, subtilise le ci au ça, voltige et puis s’en va.

C’est un lambeau d’où l’étoupe floconne et décuple le bris de l’âme, l’air de ne pas y toucher quand le souffle qui conduit les êtres émane des tubes de réanimation.

C’est rejoindre la chambre quand à petits pas et le port titubant, s’esquisse un sourire d’un autre âge.

C’est le trépas des fidèles quinze ans trop tard, quand les corbeaux croassent au-dessus du caoutchouc éventré.

C’est se recoucher épuisée de tout geste, quand le regard dessine la carte signifiée par les merdes du diptère.

C’est la valse des guêpes envoûtées, quand dans les hospices s’éveillent les vieillards et dans l’herbe se carapatent les nourrissons.

C’est une ligne aqueuse qui se fraie chemin, quand dans la solitude crie un faisan.

C’est l’air empli des insectes, quand le cœur déserté sous le micocoulier se dessèche.

C’est une fracture fraternelle, quand dans l’ombre la cathédrale se vide.

C’est délaisser un compagnon de voyage, quand survient l’aube pourpre.

C’est  une forêt d’immondices, quand une asphodèle perce la ramure et s’envolent les sauterelles.

C’est un mur irrégulier blanchi à la chaux, quand la caresse effleure bosses et tatouages sous l’index.

C’est le départ vers des terres froides, quand sans bouger des pleurs flétrissent les coquelourdes.

C’est une page arrachée qui ne s’écrira plus, quand les tapis sont foulés par les gitans.

C’est le hurlement d’une meute imaginaire, quand à l’arrière-plan l’eau fêle la piscine.

C’est un orgasme feint, quand s’oublient sur le pavé brûlant des pelures d’oignons.

C’est le 25 juillet au soir, quand ne s’aventurent plus les amoureux au pied de la fontaine tarie.

C’est un verre de punch au réveil, quand au milieu des édredons dévastés démarre un nouveau matin.

C’est la saison de Noël, quand la montre offerte gît sur la table de nuit, oubliée.

C’est rentrer sans écueil, quand l’amertume l’emporte et que le réconfort échoue dans un taxi.

C’est déjeuner avec tante Kitty, quand se montrer loquace n’advient qu’à la Saint Joachim.

C’est un bref filet d’eau qui goutte de la fontaine municipale, quand rentrent pour le dîner les braves.

C’est l’ipso facto, quand se réfugient dans les forêts les âmes de tous les continents.

Paysage – option décalée 1

arbresedefont.jpg

Les pétales ont dérivé à l’ombre des ormes, dociles. L’enfant non plus ne s’est pas longtemps débattu. Cet être que je n’ai pas connu et qui m’accompagne, dans la beauté des êtres perdus.

Les fleurs sont abîmées à présent, la bruyère pimpante le jour de ton inhumation est toute rabougrie. L’été a passé, simplement. Il faudra trouver quelqu’un pour nettoyer la tombe.
Je me souviens de notre cerisier gorgé de sucre noir, ses bons gros fruits que tu m’accrochais aux oreilles. L’arbre parasol qui veillait sur nos retrouvailles ensoleillées a laissé la place à un moignon carbonisé.
Le trou dans l’écorce ouvrait le plus bel âge de l’amour ; les émois du corps versé dans la fraîcheur et l’humidité secrètes nous seraient-ils dérobés en même temps que la sève ?

Au dos de l’arbre, empreinte vertigineuse du printemps, le bruissement des feuilles et des bouquets roses  descendaient  en rigoles verticales dans mes membres tendus.

Je me souviens d’un basculement, des jambes entre mes jambes, vertèbres contre racines, ton désespoir venu se frotter à mes sens embrumés, nos parties vives muées en spirales ascendantes.

Réécriture des  » arbres se défont à l’intérieur d’une sphère de brouillard » de Francis Ponge Le Parti pris des choses (1942)

 

Dans le brouillard qui entoure les arbres, les feuilles leur sont dérobées ; qui déjà, décontenancées par une lente oxydation, et mortifiées par le retrait de la sève au profit des fleurs et fruits, depuis les grosses chaleurs d’août tenaient moins à eux

Dans l’écorce des rigoles verticales se creusent par où l’humidité jusqu’au sol est conduite à se désintéresser des parties vives du tronc
Les fleurs sont dispersées, les fruits sont déposés. Depuis le plus jeune âge, la résignation de leurs qualités vives et de parties de leur corps est devenue pour les arbres un exercice familier.

 

Le temps qui passe

Écriture automatique (ou presque)
le temps d’une chanson « Anyone is ghost » The National
et avec en tête le temps qui passe…

Le temps qui passe dans ses yeux
a la couleur d’une Loire moirée,
l’intensité des grandes peurs, des grandes joies.

C’est la bienveillance de ce regard
que je ne peux perdre sans souffrir,
inerte au temps qui passe.

Le temps dans ses yeux
a le goût d’un alcool très pur
et donne le vertige si doux !

C’est l’absinthe de ce regard qui me soigne
d’être là sans rien savoir
offerte au temps qui passe.

Dans son regard je suis restituée