Rouen

Paysages *

* Inspiration: cogitations de Claudine Dozoul et Catherine Robert

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Porte des souvenirs – Opus 1

Radiohead se lamente. Tu approches la main, tu  effleures la « goutte de gnome » ainsi que le disaient les anciens. Une mèche papier brûle tandis que le tympan poychrome clignote.

 

Une femme enceinte s’expatrie-t-elle en Syrie ?

Tu avais franchi le pas.

Ton compagnon était plongé dans la lecture du Récit d’un compagnon du levain, Fournil 1900.

Il n’avait pas vu la porte de Karachi ni celle de Pakawa quand le train crissait sur les lapis-lazuli, l’albâtre réfléchissait le soleil et vous étiez heureux malgré l’exil.

 

Carillon du midi, songes-tu. Castille devant le pressoir blanc ivoire des coquillages incrustés demeurée seule désormais.

 

C’est la porte de Martainville, la porte des souvenirs.

 

 

MÉDICAL

Rouen, samedi 2 avril 2011

Cher Docteur Laumonnier

Après une infâme séance de phrénologie et la déclaration d’une coqueluche, on m’a mise en quarantaine au 180 rue Martainville, dispensaire qui partage sa cloison avec l’aître Saint Maclou.
Vous n’êtes pas sans savoir que la paroisse dut faire face, au siècle dernier, à une épidémie de peste et que l’on construisit autour du cimetière trois galeries et un comble à usage d’ossuaire. Je vous laisse imaginer mon état d’esprit au voisinage de ce lieu, abandonnée par vous à ma neurasthénie. Il y a peu j’avais encore recours à ma petite médecine personnelle : un élixir afghan, quelques feuilles d’oranger antispasmodiques, une ou deux têtes de pavot en décoction.
Car figurez-vous qu’un homme venu d’Orient a ouvert boutique au 178 rue Martinville. Il a fort avantageusement remplacé ce Monsieur Guyot Marchant et sa danse macabre qui me faisait tourner les sangs.
Je vous le dis très cher Docteur, on est bien vulnérable et l’on cherche vers qui et vers quoi se tourner quand on vous prive des seuls plaisirs qui rendaient la vie supportable. La science des crânes sera peut-être condamnée dans quelques décennies mais moi je ne serai plus. Une simple présence sous les pas des visiteurs de l’aître, aux racines des tilleuls ou du ciel.
Bien à vous.
Julie Laurmier

 

TANKA

Soleil en Rouen
Mon regard rue Martainville
Bleu cobalt vert d’eau

Devantures Délices d’Orient
Fouillé Terre et ciel pour Toi

PORTE POLYCHROME

Je t’ai cherché Place Saint Marc,
j’ai avancé jusqu’au 89 rue Martinville, mais quel est ce bleu, mais quel est ce bleu ?
bleu lavande non, pervenche, ah non, azuré pas vraiment, Sienne certes pas, Cobalt peut-être…
Je t’ai cherché parmi les délices afghans,160 rue Martinville, parmi les pierres et minéraux de l’Asie centrale, émeraude et lazuli muettes, offertes au regard.
Je t’ai cherché aux racines du ciel     Portraits
Blasons
Dessins
Peintures et décors
Devanture couleur sable, déception, le cri des mouettes me rappelle là,168 rue Martainville,
j’ai passé le fournil Saint Maclou et sa qualité approuvée, j’ai passé la porte vert acacia et les deux pots de fleurs suspendus au fer forgé, mon regard vers qui, mon regard vers quoi ?
Je t’ai cherché au bout de cette poignée cassée du 172 rue Martainville, des noms : PINESE – CHOPLIN
pas le tien.
Aux racines du ciel j’ai fouillé    la terre
la pierre
le bois
le métal
Au 180 rue Martinville, il est écrit : «  Le mort le vif fait avancer »,
dans une vitrine nue    Installation tactile permanente

Je ne te chercherai plus.

Porte des souvenirs – Opus 2

Les canaux lacrymaux obturés, les articulations douloureuses et les tympans exorbités par les mèches de papier fumigéné rendaient électrisés les anciens.

Le Dr Blanchette t’a préconisé d’enfoncer le fer rouge au-delà de la fossette de l’hélix afin de soulager  les cellules mastoïdiennes.

Se soigner rue de Martainville, ingurgiter du levain et introduire du lapis-lazuli pilé dans les limaçons, c’est franchir une porte interdite – ni celles de Karachi, de Pakawa ou de Castille.

 

Non, c’est la porte des souvenirs.