Métamorphose: du Sommeil à l’Eveil

 

L’humeur pétrie de songes profanes

la conscience du jour affleure telle une aigrette

une nuit pour reconstituer l’enfant

quelques minutes de reconquête adolescente à l’orée de cette nuit

des heures pour faire la toilette du mort :

je ne vivrai jamais plus avec toi.

 

Où sera la vie ?

 

Mais l’Espoir fabuleux du matin

à la façon des enfants j’ai pleuré dans mon sommeil

l’abandon.

Mais le plaisir qui décille mais la cinématique des corps

m’emporteront loin, exposée à la lumière

de ce matin d’hiver.

 

Où sera la vie ?

 

Et le temps qui creuse en passant

dans une conscience malaxée, douloureuse,

dans la chair flétrie dans la peau sans éclat.

Comment soigner, comment protéger

le corps de l’être souffrant

parmi les hommes mais loin des siens ?

 

 

Où sera la vie ?

 

Un effacement. Non seulement les yeux des autres glissant sur moi

la matière de ce moi qu’ils vont balayer

mon regard n’accrochant plus leur regard

et quand je me retournerai, ce sera pour vérifier

qu’ils ne m’ont pas même vue passer :

transparente, oui aux autres mais présente au monde.

 

 

Des passages

Toujours nous irons plus loin

Sans avancer jamais ( Apollinaire)

 

Du Vertige à l’eau devenue glace par endroits

de la fièvre endrapée aux premiers pas sûrs dans la fraîcheur

du manque aux variations du manque

des éclaboussures de brume à la lumière filtrant

de la peau à la mémoire des peaux, du corps à la mémoire des corps

 

Toujours nous irons plus loin

Sans avancer jamais

 

De la terre aux adieux que l’on sait

du baiser au corps baisé

des friches qui égratignent aux bras qui bercent le soir

du songe qui accompagne les jours aux portes de la nuit

de la caresse au corps pétri de silence

 

Toujours nous irons plus loin

Sans avancer jamais

 

 

 

De la caresse au corps pétri de silence

je passe mon tour

des empreintes aux cicatrices vénérées

je passe mon tour

de l’envie qui te passe à celle qui te prend

je passe mon tour

du bord de Seine au bord de mer

je passe mon tour

des passants de la nuit aux flics de l’impasse

je passe mon tour

de l’hôtel de passe au palace à thème

je passe mon tour

du love hôtel au Riad de Ouarzazate

je passe mon tour

 

du baiser au corps baisé

d’un pari stupide à un plongeon mortel

d’Accatone au Pont Sant’ Angelo

 

de la peau à la mémoire des peaux, du corps à la mémoire des corps

plus tard je me souviendrais du manteau rouge évasé, des gens qui s’écoulaient boulevard Haussman ou rue Chaussée d’Antin, d’une parka verte couvrant la blanche maigreur

des frissons nus sur un matelas au sol, de la fièvre endrapée aux premiers pas sûrs dans la fraîcheur.

 

Plus tard je me souviendrais t’avoir perdu,

le sachant bien avant, n’empêchant rien

de la lourdeur des derniers moments,

des éclaboussures de brume à la lumière filtrant,

de la froideur de l’ annonce,

des friches qui égratignent des bras qui ne berceront pas le soir.

 

Plus tard je me souviendrais qu’on tombe amoureux l’été mais aussi l’ hiver

que le mois de juillet est un mois de deuil mais aussi de plaisir,

du manque aux variations du manque, je me souviendrais

 

Du vertige à l’eau devenue glace, par endroits,

de Quai de Seine à Quai de Loire, d’un écran à l’autre,

des talons branlants sur le bois d’un pont

comme une vague qui enfle, se déroule dans l’obscurité totale

du songe qui accompagne les jours aux portes de la nuit,

du vertige à l’eau devenue nappe sombre

d’un corps ouvert aux bouches anonymes, des mots proférés pour rien

et qui tombent dans la nuit,

au delà du pont,

de la terre aux adieux que l’on sait.

 

Métamorphose du rouleau

Le rouleau avait été brisé lors de leur dernière rencontre.

Les yeux fixés sur la fente du cylindre Monsieur se disait qu’il la haïssait. Qu’il haïssait le volume envahissant des seins de Lola. Qu’il haïssait la fermeté de son assise imposante. Qu’il haïssait ce désir d’elle.

Lola serait la troisième.

Le regard torve de Monsieur remontait le long de la fente. Fontaine interdite. Fissure conquise par une toison. Il la lui arrachera. Il verra. Il prendra. De toute façon c’était ridicule cette dispute à propos de ce maudit rouleau.

Sous  l’insulte très primaire le rouge envahit les bords déchiquetés du rouleau. Vexée la  céramique s’est lentement incarnée. Son teint blafard a rosi. Sa rigidité s’est assouplie. Des parois, une douce chaleur s’est dégagée. Et une odeur aussi. La terre s’est mise à se déformer et à enfler. Une cuisse, deux cuisses à califourchon au dessus du vide. Le bout du rouleau, un sexe.

Atterré Monsieur voit croître la femme. Ce  corps nu, lieu de passages. Lieu d’écritures. Les bras qui se tendent, menacent, implorent. Le visage qui paraît lentement. Monsieur se décide. C’est maintenant. Maintenant qu’il doit en finir. Le glaive de la rédemption raidit dans son pantalon à rayures blanches sur fond noir, il est prêt. Il saisit le rouleau. Non ! La femme. Enfin ! Ce qu’il en est de l’un et de l’autre !

La fin d’un viol. Celui du rouleau. Le bout du rouleau.

Passages, l’inventaire

Du sommeil à l’éveil
De la racine au bulldozer
Du nègre au chien
De la corne au mollet
De l’ipso au facto
Du bois à la nuit
De l’élément à l’ensemble
De l’écho à la voix
De la fureur à la danse
Du Havre à Marseille
De l’énigme au mensonge
De la fabrique au souvenir
De l’histoire au leurre
De l’ultimatum à l’abandon
De la Tenture à l’Apocalypse
Du brave au démon
Du miel au dégoût
De la ruine à la confiance
Du plein au délié
Du tourisme  à l’enfer
De la prison à l’avenir
De l’esprit à l’ailleurs
De la solitude à la solitude

Passages, l’abécédaire

APORE, n.m. Mathém. Problème difficile à résoudre dont la solution est regardée comme impossible, comme la quadrature du cercle par exemple.
Là où il y a du burlesque…Fourbissent péripéties et reconnaissance au soleil de midi. Furieuse bave sanguinolente, flash problématique de la rencontre extravagante d’un ferme mollet et de luisantes cornes. At last but no least.

CARACOLE, n.f. Archit. Escalier en caracole : escalier en hélice, en spirale.
Il faut aussi chercher où ils logent, tant les braves que les démons, empruntant la crosse de la fougère et la coquille du gastéropode – toujours – le nécessaire et le vraisemblable singeant l’hélice et la spirale.

DECOURS, n.m. Période de temps comprise entre la pleine lune et la nouvelle.
Se lève la lune au-dessus de Kydonia. L’écume azuréenne gifle l’avers de fortune au miroir de la tragédie, pleine, nouvelle et monnayée en drachmes. Fortuite la comédie, non pas !

POSTINE, n.f. Nom, dans les Landes, d’une petite porte de derrière.
Une porte derrière, de laquelle dégouline le miel, le latex du pauvre. Alep s’embrase. Montfort-en-Chalosse ébruite les méfaits des princes dont le vit paluché depuis des lustres, dans un même nœud et dénouement, dégoûte à tout jamais.

RIMULE, n.f. Hist.nat. Petite fente, fissure.
Sans faillir, les strates gréseuses adoubent les ondes tandis que fuse l’écho du rapace au-delà de ma voix entravée.

 

 

Passages, questions-réponses

Qu’est-ce que la gravité ? C’est la lumière dans les cheveux d’un lanceur de pavés.
Qu’est-ce qu’un pyjama de flanelle épaisse? C’est un aplat sous la menace.
Qu’est-ce qu’une voix de soprano? C’est une kyrielle de miasmes anonymes.
Qu’est-ce qu’une radiographie? C’est la sauce de papa convertie au terrorisme.
Qu’est-ce que la rage ? Ce sont des lunettes de myope écrasées par des flics.
Qu’est-ce qu’un tourment? C’est une porte d’église dont on a forcé l’entrée.
Qu’est-ce que le guacamole? C’est l’antithèse d’une pâleur inquiétante lors d’une arrestation arbitraire.
Qu’est-ce qu’un gilet phosphorescent trempé? C’est un conspirateur fuyant le simoun des bombes.
Qu’est-ce que la parodontologie ? Ce sont les conséquences de baisers rapides sous les cocktails Molotov.
Qu’est-ce qu’un symposium? C’est une cellule de feu acharnée à la restauration de manuscrits anciens.
Qu’est-ce qu’un va-nu-pieds? Ce sont quatre allers-retours le long de la rue principale d’Athènes.
Qu’est-ce qu’un uppercut? C’est le dîner de la veille présidé par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur.
Qu’est-ce qu’un laurier? C’est la lumière dans les cheveux d’un lanceur de pavés.
Qu’est-ce que la profondeur obscure de la forêt ? C’est un harem devant les tribunaux européens.
Qu’est-ce que la jaunisse ? Ce sont trois pommes de pin dans des camps d’entraînement grecs.
Qu’est-ce que l’indigo? C’est une photo de fille en Corse ou au Pays basque.
Qu’est-ce que la surface de la Terre? C’est une pergola sous laquelle un Italien blessé ne veut surtout pas que cela se sache.
Qu’est-ce qu’un accident mortel sur une route mouillée? C’est un contorsionniste soumis aux contrôles de routine de la police locale.