Nîmes

des marges et des friches*

  • * Inspiration: proposition de Catherine

 

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Fantôme des marges

 

 

Jealousy / Dehors elle n’y voit point, dedans elle mate, elle s’étourdit, adolescente intense.

 

Hardiesse échappée des cercles

 

Parmi tesselles de calcaire, marbres de Carrare et pâtes de verre

 

Peux-tu m’offrir ce que je n’attends pas ?

 

Un chien colleté veillait au dernier repas de la belle

 

Je ne suis pas Charles Joseph Natoire

 

Franchir les voûtes bordées de feuilles d’acanthe et s’asseoir aux marches de marbre

 

Retrouver dans le bleu pétrole le voyage en solitaire décliné par l’homme malade

 

De qui puis-je m’éprendre ?

 

Je suis la mort de Lucrèce, les chausses de soie palombe, le front barré de vilaines cicatrices, le mouchoir trempé de larmes feintes et la main portant la dague. Je suis la mort de Lucrèce, esseulée sur une chaise basse, gorge blessée. Je suis la mort de Lucrèce, élève de Pietro Francesco à Varèse.

 

Ultime sensation de l’odeur de la cire, gris doré sous les bottes et baiser de craie bleue nordique.

 

La zootechnie ? Un paradoxe qui met fin à l’enfance.

 

 

 

Fantôme

des

marges

Il est une légende qui prétend qu’au lac de Garde, surgit à la lune une vieille femme à la tête de mort. Son fichu noir empeste l’ambroisie.

 

! Admite, toi qui ne sus obtenir rien de ce que tu désirais auprès du roi d’Iolcos !

 

On a poli le marbre, récolté le pollen, versé le lait et offert le riz

 

Me surprendre dans la lumière du patio ?

 

Au sol jouaient les enfants vêtus de couronnes florales

 

Le spectacle d’un sein sous l’organza

 

Lions et sangliers s’affrontaient

 

Ignorer la foule

 

Une poignée d’huîtres dans Venise mourante

 

Tu as répété « Je ne suis pas Jésus au milieu des docteurs ». Tu étais si jeune à l’époque, j’agençais ma chevelure d’un turban rayé et me faisais appeler Mattia.

 

Traverse des bleus, le coutil qui enserre la taille loin au-dessus des champs dont la moisson deux mois plus tard emplira l’air de sa poussière, le tissu disais-je, répond au ciel (qui sait s’il est de jour ou de nuit) sans pour autant recéler l’inquiétude mais plutôt un vaste mystère par deux formes équivoques souligné. A l’est de la première colline qui se révèle – si on admet pouvoir s’approcher à l’aide d’un instrument d’optique approprié – deux individus s’éloignent de la chapelle blanche qui se découpe sur la crête.

 

 

Marginalia

« Comme si je pouvais habiter aussi l’espace du voyage. »

Raymond Depardon

 

I

Immobile à Feuchères.

J’attends à mi-chemin de l’ascenseur vitré et de l’escalier de pierre.

Apparition gare de Nîmes d’un sourire chavirant.

 

II

 

Comment voir l’autre à travers un prisme ?

Chercheur d’or et pionnier en 1848, je  n’ai que de vaines réponses.

Une voix off soulignée de rouge me chuchote « L’esprit des lieux est une étrange chose ».

 

III

 

.222 Remington – Masse de la balle 55 grains -Vitesse initiale 943 m/s

Cette femme s’ennuyait. Pour se divertir, elle avait décidé de réaliser l’éthologie de l’espèce humaine.

Expériences de séduction, d’adultère, de séparation et de reconquête…

 

IV

 

Elle me rappelle Rahma, celle qui après avoir tué les pères, en éprouve bien sûr une infinie nostalgie.

Malgré tout – Aimer en ce lieu clos embaume. Aimer en ce lieu clos étreint. Aimer en ce lieu clos réfléchit.

Comme tranchant de lame ternie remet à l’envers ce qui était à l’endroit.

 

V

 

Ricochets sur (sa) peau passée au gant d’huile de cade. Son corps n’est pas lieu de gêne.

Je l’oints – du gant de crin qui doucement l’échauffe – tant que son sommeil ne peut advenir. Ricochets sur (ma) peau.

Maladresse qu’entre deux baisers elle m’a soufflée.

 

VI

 

Lit terrible où s’inscrivent les svastikas!

Mot d’ordre dans l’atrium: pénétrer et se sentir soulevé – masculinité tendue.

S’échapper du cercle de mosaïque, virer romantique, se tenir la main et déambuler dans des jardins imaginaires.

 

VII

 

Bambous contemporains du palmier offert en 1985 par le jeune Martial à Bernadette l’effrontée.

Pourquoi écrire telle légende sous le simulacre d’une leçon d’amour ?

Le temps gris, les flaques belles et une partie de moi-même rapetissée à toute vitesse. Nil novi sub sole

 

VIII

 

De colza dont ses bronches ne savaient se défaire, elle récoltait des bouquets qu’elle offrait aux chiens.

Les feuilles d’oxalis palissaient à l’ombre, j’avais la frilosité qu’on recherche à Cadaqués.

Mon cœur fatigué à mi-avril.

 

IX

 

La boue ruisselait qui aurait pu me soigner. Voulait-elle de moi ?

Rue des Moulins, elle avait prononcé « Les cadereaux se désengorgent ». Mais elle ne voulait toujours pas de moi.

Cela ne pouvait que finir mal, non ?

 

 

des Marges et des Friches

gare[1]

Valence – apparition sous les brumes –immaculées non point

Surprise que le train ne s’y arrête pas et assoupissement

Chute du chapeau de feutre de l’homme qui balançait son pied dans l’allée

Près de toi, nul éveil

Sinon

Perceptibles les vignes qui pleurent, le rose des arbres de Judée en flammes

Tel, traversant un champ sous les ondées de pétales blancs

Oublié l’essoufflement tenace

Oublié le corps massif près de la vitre

Effacement de la vallée du Rhône

Là et ici – Las !

Tes racines sont dans le sol de tes mots

Face à la route embaumée, celle qui mène aux Cévennes

Tant d’itinéraires bardés de pierres sèches

Les aïeux reclus

Au nom d’une modernité réprouvée

Ceci est la perspective de (re)venir à Nîmes

Iris du XXIème siècle

La place d’Assas, l’arpenter, l’épuiser, prendre appui près de Robert Denis

Quelque chose est insupportable mais quoi ? Mais SOI ?

Sous les miellats, vanité fait force de loi.

Souvenirs des rituels – comme demoiselles de fées

Ne pas se réveiller de mauvaise humeur

Penser à sa survie

Comment Picasso rature et Breton biffure

Reconstituer un itinéraire

La ville désertée du pas de Courbet au pont amputé

Comment le mouvement du père au fils dessine autre chose

Que le double héritage de la domesticité et du prolétariat

Les toits, les fontaines et les flaques d’eau sablée

Les injures qui ne sont qu’apostrophes

La foule piétine l’esplanade, son taux d’adrénaline crève le plafond des platanes

Sous la harangue d’un bonimenteur – Nil novi sub sole

Qu’est-ce que le souci ?

Souci de l’âme qui ne trouve plus d’adoption

Regards autour de soi

Sous fenêtres closes, crocodiles avant migration, des ombres, une lumière médusée

A quand le printemps ?

Fils tissés, fils non ciselés, des froids et des chauds

Succession de révolutions

Relire –après- ce que furent les Karamazov

Moi, je suis immobile à Feuchères.

J’attends à mi-chemin de l’ascenseur vitré et de l’escalier de pierre.

Apparition, gare de Nîmes, d’un homme au sourire chavirant.

 

 » Profession Reporter » Ecriture du hors champ ( Sequence 8)

Que me veux- tu toi qui me fais tant penser à une enfant qui aurait grandi plus vite que ton monde ?

D’où sors-tu, qui sont tes parents, ton frère, tes sœurs ?

Qui te gouverne, que poursuis- tu lorsque tu viens vers moi ?

La fragilité de tes poignets, la transparence de ton chemisier vert d’eau, la caresse de tes étoffes sur ma peau torturée, mon front transpirant, mon corps contaminé par une autre vie que la mienne, vie organique, politique, amoureuse, autre que moi tu es mais je veux juste du repos, que tes mains se posent sur mes yeux rougis par le sable, que tes seins menus se déposent sur ma bouche assoiffée, que tes hanches s’accordent à mes mains de salop, et quand je te dis de partir, il ne faut pas partir, il ne faut pas me laisser car tu es mon seul espace et ma seule temporalité désormais.

Je suis ton enfant, ton amant, ton frère, ton père, je ne suis plus que pour toi mais tu rôdes autour de ma chambre à présent comme une étrangère, j’entends tes pas, ton souffle qui s’accélère, j’entends tes cris muets, tu ne veux plus, tu voudrais revenir dans cette chambre et fumer une dernière cigarette avec moi, notre dernière cigarette, nous laisserions notre regard balayer les mêmes pans de mur blanc où serait projeté un de ces films de genre dans lesquels les espions se font éliminer à la fin car il n’y avait pas d’issue et ils le savaient dès le début du film, mais il leur fallait vivre au moins une fois ce don de soi à l’autre, dans un total abandon du passé et de la coquille qui les recouvrait depuis leur naissance. Et quand le coup sera porté, dans un même regard nous nous réfugierons dans le jardin délicieux d’une peinture accrochée au dessus du lit où nous nous sommes livrés l’un à l’autre pour l’éternité.

 

xxx

 

Que me veux- tu toi qui fumes sans le savoir ta dernière cigarette ? Que crois-tu savoir de moi et du monde d’où je viens ? Quelle histoire nous relie, quel lien m’attache à ton être tout en me libérant alors que d’autres m’ont aliénée ?

Cette chambre de l’hôtel della Gloria sera ton tombeau pauvre imbécile ; l’Andalousie est une terre de traîtrise, ma terre, celle où l’on m’a élevée pour me faire aimer de types comme toi. Tu te croyais maître du jeu parce que tu n’avais rien à perdre, tu pensais que tes désirs allaient toujours guider tes choix, c’était compter sans la force naïve qui perd à coup sûr les amants.

J’attends dans le silence de cette cour écrasée de chaleur, j’attends au pied de la grande porte en bois rouge par laquelle ils passeront ton corps inanimé. Telle Salomé, j’ai dansé sur le sable brûlant pour réclamer ta tête adorée, de cela il ne faut pas douter, j’ai dansé pour toi mon amour, mes pas ont dessiné des arabesques tandis que le perroquet du gardien de l’hôtel soliloquait, que l’enfant malade appelait sa mère, que le saxophone jouait la BO d’un film d’Antonioni.

 

Cinéma, cinéma: une leçon d’amour

Synopsis ( inspiré de la séquence 8 du film de Bergman)

David Hössler, neurologue à Copenhague, célibataire d’une quarantaine d’années, rencontre dans un train une jeune femme qui le séduit par sa beauté classique, sa conversation érudite et ses positions progressistes : Marianne Kiekegarrd fille du célèbre philosophe.

Ils se marient quelques semaines plus tard, ont deux enfants, mènent une vie mondaine.

Très vite David trompe sa jeune femme avec d’autres, plus jeunes encore et néglige ses enfants.

Marianne décide alors de tourner le dos au mirage d’une union idéale et fait prononcer le divorce sans tarder.

Dès lors, David tente de la reconquérir et Marianne tente d’échapper à l’utopie des retrouvailles et au désir trompeur.

Seront-ils capables de réinventer ensemble une union débarrassée de tout préjugé, de toute peur et quelle forme prendra ce nouvel amour ?

 

Dialogue ( ré inventé à partir de la séquence 12)

 

Ext Jour QUAI de gare à Kastrup

 

Karl : Bonjour ma chérie, viens plus près que je te mange !

 

Marianne,un peu tendue, se laisse embrasser puis jette un rapide regard du côté de David dont le visage s’est fermé.

 

Marianne : Heu bonjour mon cher ami, je te présente David, mon ex mari et père de mes enfants. Il a souhaité m’accompagner dans cette étape importante qu’est un remariage.

 

David : Bonjour l’ami.

 

Karl lui jette un regard étonné puis se reprend et le serre dans ses bras : Bienvenu l’ami !

Donnez-moi vos bagages et suivez moi, le bateau est à quai. Allez vite !

 

Int Jour Dans la cabine restaurant du bateau reliant Kastrup à Salthom

 

Les trois personnages ont commandé un digestif

Skoll !

 

Karl ( le teint un peu rouge, s’échauffant à mesure qu’il parle) : Une bonne partie de l’île appartenait à la famille de ma mère- Ilde Friedrich, paix ait son âme ! – J’y ai grandi au grand air loin des petits présomptieux de la ville. Ici on mesure la qualité d’un homme à sa droiture, sa solidité physique mais aussi morale, comprenez-vous ? Ici, si tu sais pas faire fructifier la terre que tes parents t’ont laissée, si tu trouves pas un filon pour pêcher les meilleurs bars et en faire profiter ta famille, t’es un idiot.

 

Karl et Marianne se taisent.

 

Karl : Tiens, vous deux, je parierais que vous avez négligé cet aspect des choses avant les épousailles, peut-être même qu’elles n’auraient pas eu lieu… Qu’est ce que tu dirais d’un petit bras de fer avec moi l’ami ?

 

David ( qui commence à être exaspéré par le monologue de Karl) : Volontiers

 

Karl couche le bras de David dès le premier contact.

 

David : Bon, comme ça Marianne peut juger de vos qualités avant de faire une erreur.

 

Karl : Elle a pu juger de toutes mes qualités dès notre plus jeune âge, nous avons été fiancés autrefois.

 

David ( lève son verre et lance un second toast) : Skoll

 

Marianne et Karl renchérissent : Skoll !

 

David : L’air marin me tourne la tête, je vais m’allonger quelques minutes dans ma cabine, je vous laisse remémorer vos émois adolescents.

 

Ils passent devant la fenêtre et observent Marianne et Karl qui ne se disent rien.

 

Ext Jour dans le taxi sur l’île de Saltholm

 

David : On est un peu tassé, ne trouvez – vous pas ? Et ton bouquet Marianne, tu vas donc laisser mourir ces belles anémones que je t’ai offertes ce matin ?

 

Karl : Ce serait dommage, pourquoi ne pas prendre le suivant et nous rejoindre à l’adresse que j’ai noté sur votre billet ?

 

Marianne ( la tête dans son bouquet de fleurs) : Oui c’est une bonne idée, allons-y !

 

Aucun des deux hommes ne descend. Marianne est coincée entre les deux. Elle sourit avec malice.

 

Marianne : Ces anémones ne demandent qu’à reposer dans un beau vase plein d’eau et ainsi décorer la maison familiale de Karl.

 

David : Oui c’est un beau programme de vie ça, ma chère.

 

Karl : Chauffeur, c’est parti !

 

VALENCE-NIMES ; Faire surgir l’imprévu

Les gouttes de pluie comme un flux de spermatozoïdes qui iraient à contre sens.

Des couches qui marquent une profondeur de champ et mon visage dans le tunnel, mon cahier dans la vitre, et une femme parle à côté de moi :

«  C’est trop plat pour moi, j’ai du mal »

Au-delà de ma fenêtre à grande vitesse, les pylônes rasent la campagne, les fils électrisent les paysages intermédiaires, des conifères se mettent à plusieurs pour réclamer le soleil.

Une jeune mère à son fils de deux ans :

«  Moi aussi je trouve que c’est beau mais il ne fait pas beau.

Dans le reflet de la vitre, la jeunesse de leurs deux visages qui se touchent. La nostalgie me gagne à grande vitesse, dans les 280 kms /h.

«  Il y a beaucoup d’arbres, beaucoup beaucoup d’arbres » dit encore la maman.

Mon regard se perd dans l’écran zébré d’une fin de programme, hésite au cœur des friches qui bordent les rails, se perd dans les collines sombres au loin. Des pinèdes s’élèvent une brume grise. Le sol se fait rocailles, garrigue, vigne naissante. Des chemins de terre coupent les routes ruisselantes.

14H40- Les voitures roulent avec leurs phares allumés.

Toute une palette de vert, jaune, gris s’offrent à mon regard captif, ma vue se fait aérienne-

ouverture- une péniche sur un bras d’eau, une caravane bariolée, des entrepôts, les maisons couleur sable regroupées autour d’un clocher planté sur la colline, une locomotive abandonnée au bord des rails, graffitée. On ralentit.

Comme une flèche, le TGV dans le sens de l’action, dans le sens de la lumière, le long des nappes sombres sous ce ciel d’avril monotone, entre dans Nîmes.