Caen

Sauvage*

*Inspiration: le Hors-Série Télérama été 2017

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Imprégnations Caen

« Bon c’est vrai il n’y a pas de chambre individuelle avec vue sur la mer et dépaysement assuré mais il y a:
– les balades port, prairie, château, églises, jardins… qu’on n’a jamais faites
– une expo à l’artothèque et à l’Abbaye des Ardennes
– des films au Lux si le temps est pourri
– le marché du dimanche pour celles qui seront là
– la toute nouvelle piscine de Caen
– la mer et les fruits de mer à 15 kms
– de quoi écrire et manger… et boire… »

« Pour la résidence en elle même et les pistes d’écriture, j’aime assez l’idée de travailler sur « le sauvage » intérieur et extérieur ( tout ce qui nous effraie, tout ce que nous ne maîtrisons pas), je dis cela parce que j’ai parcouru le Télérama double numéro sur ce thème. Il y aura aussi les incipit/excipit »

« Le temps a l’Air pour nous, c’est le week-end des grandes marées, ça colle avec le thème du « sauvage » et donc (sans avoir encore lu Télérama) je suis partante pour vos propositions d’écriture et plutôt alléchée. Les Incipit/Excipit, ça aussi « ça m’excite »! »

Isabelle et Sandrine du 20 août au 25 août 2017

Cadavre exquis sauvage – 1

Le surgissement de ton sourire imprime la bienveillance sur la pellicule de notre théâtre adolescent : les corps se découvrent, les idées s’essayent à l’utopie, les désirs enflent comme voiles sur le Nil, au gré du passage des cataractes, enflent comme le burnous de l’écrivain dans les jardins d’Alexandrie ou d’ailleurs. L’essentiel est de partir. Peu importe comment. Mais s’éclipser, s’éloigner, peut-être fuir. Dans nos culottes, légères, dans nos culottes encombrées, fuir, oui sans doute. Il me faut pourtant souvent rester sobre, lorsque tout m’entraîne loin de l’aura primitive du monde.

Collectif

Cadavre exquis sauvage – 2

Sur la lande déserte, à potron-minet, deux silhouettes se séparent et s’éloignent l’une de l’autre pour s’enfoncer dans la brume montante, pour user du silence vociférant comme celui couvert par le moteur des guimbardes, au-dedans desquelles s’esclaffent des femmes aux lourds bijoux. Ailleurs on aurait voulu tout au moins froisser leur aisance de classe en leur foutant un doigt dans le cul mais doucement sans brutalité – parce qu’on les emmerde – on s’en fout – c’est comme ça… Ici l’alternative, c’est un tango au milieu de l’océan quand les éléments se déchaînent. Alors, alors, se démêlent les âmes lumineuses et les bras de fer, alors, alors, se tiennent ensemble les quatre.

Quatre et quatre font huit

Huit et huit font seize

Seize arts sauvages

Ces arts sauvages !

Collectif

Sauvage, c’est…

Sauvage, c’est une frange sur tes courbes quand les étoiles sont tombées sur la marée, d’un seul coup, et le sol a tremblé. Tu as dit- te souviens-tu de la neige ? J’ai soulevé un coude, la sueur se mêlait au sperme, tout a basculé blanc, le pont avec les usines au loin et je courais, sans doute ne parviendrais-tu jamais à me rattraper. Il en allait de ta sécurité, nous étions à l’orée d’un cauchemar qui ne nous anéantirait pas sauf que d’autres périraient noyés et tant d’autres deviendraient fous.

Sauvage, c’est l’envolée empêchée des transparences, ailes d’insectes décapités, eaux courantes mêlées de grains d’or, brindilles superposées, peaux momifiées de poissons que la patience d’une femme assemble au fil de pêche, c’est l’éclat des draps mouillés après que le silence ait dénoué les étoiles et les marées et le sol. Alors les mouettes ramènent loin en arrière, ressuscitent la ville brumeuse où nous nous déshabillons, rejouant l’aube de la Genèse.

Sauvage, c’est l’espace de terre et de cendre à l’ombre, la lumière qui troue les poutres et gicle sur le vieil homme quand il cesse de marcher alors on se convainc que tout peut être rafistolé, les fleurs avec les os, les peaux et les entrailles et la musique au-dessus du précipice quand on ne sait que faire de l’enfant. Et j’ai vu la mèche dessiner une écriture dont il ne resterait que le son, comme le spectre de nos amours ancrés dans l’orage qui nous vit naître, paysans que nous sommes.

Catherine Robert

Sauvage comme…peindre en Normandie

Sauvage comme une baigneuse transie, la main gauche presque rendue rigide sur un appui vermoulu. Sous des seins juvéniles, le ventre gonflé que la petite ne semble pas regretter. La pauvrette !

Sauvage comme les esquisses d’un maître dans sa prime jeunesse, l’air , l’eau et le roc encore empêtrés d’un académisme qui ne l’encombrera bientôt plus.

Sauvage comme un Courbet six ans avant sa mort, des pans arrachés de falaises, jetés en pâture à la fougue des flots qui encadrent un esquif à double voile par gros temps.

Sauvage comme les équidés qu’on attelle dès le matin en direction de la grève – horizontales de barques et de bancs de sable, silhouettes affublées de lignes de pêche, pluie drue en arrière-plan.

Catherine Robert

Ma phrase longue

Ma phrase longue est longue comme l’est l’allonge de la chèvre ensanglantée sur la colline où nous aimions nous embrasser, nous n’étions pas experts certes et nous ne filions aucun parfait amour, nous étions juste longs et plats et peu prolixes comme des adolescents voûtés en train d’apprendre les colonnes ioniques, et la testostérone, et la sauvagerie du doudou qu’on abandonne sur un quai de gare car « si la mort avait ton regard » alors je continue de vous retenir dans ma veine de bois et ma hanche de Bretagne, et ma couverture de survie et mes petits maux allongés avec le bras replié, la moue improbable qui dit « Fuck », qui reste silencieuse, qui suce parfois, parce que ça se fait, que ça prolonge la conversation, que ça demande du doigté, parce que ça soulage dans les noirs, les blancs et les gris et qu’au final nous baisons sur les fourmis rouges et que ça fait du bien sur le mal et que Dieu ne me touche toujours pas avec sa lumière glacée comme un dessert que je ne mange parce que rappelez-vous, je suis anorexique, je suis la chiante qui facilite le transit, ou qui le bloque ou qui l’anéantit, qui fait coucou devant la fenêtre sécurit et qui vous aime mes amours, signes du destin couchés sur mon sein, parce que rappelez-vous, devant et derrière moi rien ne bouge, les bouteilles et les cendriers se vident mais rien ne bouge avec certitude, ma phrase est longue et je prends de l’avance, je prends de la hauteur, je me casse la cheville, je parle pour ne rien dire et cela finit par nous distraire de l’essentiel, j’aime peut-être de la même manière du moment que je peux raconter une histoire avec des percussions, une basse, des guitares, un cylindre et l’envie de t’embrasser à ma manière, dans ma tanière, chaude et mal lavée de quand nous étions tout petits, sauvages et bons.

Isabelle Vincent

#Sauvage #Caen #Cath

Étoiles tombées
D’un seul coup sur le marais
Tu as tremblé – or
Il te souvient la neige
Ta frange sur mes courbes
Caen, 10h 29

Tout bascule blanc
Emmêlés sperme et sueur
Loin – usines – pont
Tu courais me rattrapais
D’un cauchemar à l’orée
Caen, 10h 48

Tant deviennent fous
D’autres périssent noyés
Dans le silence
Sous les étoiles et le sol
Paysans que nous sommes
Caen, 10h 59

L’envol entravé
D’insectes décapités
Leur transparence
Dessus les eaux courantes
Enfeuillés – poussière d’or
Caen, 11h 09

Au fil de pêche
Patience d’une femme
Parmi les poissons
Leurs peaux momifiées – lueurs
Esquisse de liberté
Caen, 11h 21

Quand les goélands
Ressuscitent la ville
Descendent en enfer
Rejouent la Genèse – nous,
À l’aube, déshabillés
Caen, 11h 32

Terre et cendre – c’est
À l’ombre, la lumière
Qui troue les poutres
Rafistole peut-être
Le spectre de nos amours
Caen, 11h 52

Des os et des fleurs
Dans le gouffre, la rouille
Peaux et entrailles
Ne resterait qu’un dessin
Magistrale écriture
Caen, 12h 03

Haïkus

Des mouettes et de la fraîcheur
L’Égypte photographiée
La mer- les coquillages- ciel à la Boudin

L’abbaye aux Dames
Un cèdre haut dans la ville
Polly Jean Harvey

Catherine Robert