Trélazé

Au-delà du cadre*

*Inspiration: proposition de Sandrine

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Imprégnations Trélazé

« – et si on se refaisait une chronique J-7 façon journalistique comme on avait fait il y a longtemps.

– j’ai vu ça sur une affiche à Vincennes: « Rêveries lumineuses ».

– j’ai récupéré un joli rond de bière « Le Petit Poucet, Café-bar »

– et aussi un incipit ou excipit sur une phrase d’ Artaud : Je suis témoin, je suis le seul témoin de moi-même. »

« Tes rêveries lumineuses sont plus que bienvenues. »

Isabelle et Florence du 22  au 24 avril 2017

J- Trélazé

J-7 J’aime les matins

J-6 élections

J-5 Des petits monstres, des clones

J-4 des amis, des fleurs, des commerçants, des sourires, des histoires d’animaux, l’essaim d’abeilles, les chatons dans les iris, le lézard dans la salle des profs, une plongée dans les arbres

J-3

En son espace clos

Son parfum noir de thé au chocolat

Elle rouille sans façon

Comme une structure métallique

Elle et ses talons aiguille

Notre histoire fut inaboutie

Alors nous nous baladions

Elle, se jouant de l’espace

Libellule aux ailes transparentes

Près d’un point d’eau

Rarement introuvable

Qui aurait pu nous définir…

J-2 Ce soir, le soleil sur les photos de toi, nulle splendeur

J-1 Rappel : l’Iphéon, c’est l’étoile des Incas

Catherine Robert

Insomnie

J’ai renversé l’angoisse du noir,

Le jour ne s’y opposait pas,

Les lumières ne viennent pas d’en haut.

Tu restes le témoin hors du temps

Qui retourne à sa cage d’os

Et garde ma peine en terre,

Tandis que dégringole

Dans mon cœur superposé,

La mémoire des sommets franchis.

Je marche le long d’une carrière sombre

Saisissant les reflets d’argent

De ses ardoises acérées.

De si belles escapades !

Lianes enveloppantes du souvenir

Où s’accrochent mes rêves,

Mes rêves comme une liqueur

Dont on garde le sourire

Et l’éphémère douceur.

Sous les rameaux des acacias

Le temps nous effleure

Et nos larmes sont absorbées.

Sandrine Elichalt

Parfum thé noir au chocolat 1

Il y avait le ciel ourlé de rose, empreint de traces nocturnes et d’un bleu qu’on oublierait le reste de la journée. Un ciel que rarement l’on se soucie de définir. Juste au-dessus de nous – de notre première rencontre – un ciel qui s’est chargé de points d’eau tout au long de ce week-end ensemble, un ciel seul témoin de moi-même, tant j’étais fasciné par les heures égrenées dans l’indifférence des vols d’insectes aux ailes transparentes.
Se jouer de l’espace ? J’étais trop impressionné pour adopter cette posture, trop dans le qui-vive et l’ajustement depuis l’invitation aux fiançailles de Marc, mon neveu, jusqu’à l‘émoi face à elle. L’imprévue, elle.
Il est quinze heures passé. Abrité sous une structure métallique recouverte de glycine, je me suis éloignée des badinages, tous ces moments inaboutis, qui se poursuivent depuis le matin. Des invités arrivent encore, des cuisiniers s’affairent toujours, certains titubent déjà entre les arbres du parc, d’autres se reposent dans les chambres. De ma cachette, j’aperçois des ombres chinoises, filles en talons aiguille qui se remaquillent. En cet espace clos saturé de rouille, je voyage entre mes rêves et celle, découverte aujourd’hui, déesse au corps de libellule en parfum thé noir au chocolat.

Catherine Robert

Parfum thé noir au chocolat 2

Blandine ne savait trop que penser de cette famille qui allait être la sienne. Jusqu’où la sienne ? Elle sentait monter en elle des réticences incontrôlées. Ils étaient tous si gentils avec elle, trop gentils. Elle sentait leur regard bienveillant, admiratif, conquis. Lors de ses dernières fiançailles – oui, elle avait déjà été fiancée – tout avait été plus simple. Il n’y avait alors que les beaux-parents et le grand-père libidineux. Thomas, son fiancé, était assez falot et acceptait tout ce qu’elle voulait.
Elle n’avait eu aucune difficulté à le convaincre d’habiter loin de tout, dans un hameau déserté au fond de l’Ariège. Elle avait besoin de solitude, d’ennui, de doute pour écrire. Elle ne se souvient plus très bien pourquoi mais l’histoire avait tourné court. Elle avait fui et s’était jeté dans les bras du premier venu qui passait par là. Il était beau, il était riche. Elle ne s’était jamais vanté de cette histoire à quiconque.
Et maintenant, ils sont là, plein de sollicitude et il y a cet homme, un oncle lui a-t-on dit, qui cherche son regard en permanence.

Claudine Dozoul