St Pair sur Mer

Résonance*

* Inspiration: l’exposition éponyme au MBA de Rouen

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Cadavres exquis

[Manuscrit d’Isabelle Vincent]

La voiture, à rebours de mon humeur, montait et descendait les routes de Granville. La faible lumière de ce jour-là glissait sur le gris des façades, altérait mon âme avec un bruit doux de regret échoué sur la plage. Rien ne bougeait, tout était calme et dénué de sens comme un masque collé à vie sur la noirceur profonde de l’être que j’étais. L’être que je croyais être.

Mais personne ne confirmerait mon point de vue. Je ne voulais tout simplement plus être sous les projecteurs. Partir, ne pas revenir. Trouver d’autres lumières, d’autres angles de vue.

Je le lui avais bien dit pourtant :

– Aujourd’hui je n’ai pas trouvé de mot. Si… la résonance.

– Subjectif mon cher Watson, m’avait-elle rétorqué. Imaginez une hélicoïdale, image dérobée à la chambre noire d’une femme passée aux oubliettes et vous aurez une mince idée de la résonance- en vol.

Un temps ralenti s’était alors ouvert, celui de l’oubli.

Collectif

Descendre avec la marée fouler les grains de sable, les grains de mots éparpillés par un vent glacial, descendre sur la grève à quatre, à cinq, parce qu’aujourd’hui la lumière accroche les papiers – papiers comme des parchemins dans ma gorge jusqu’à mon sexe qui moisissent de n’être jamais lus.

Sortir les mains jointes en offrande au dieu local à savoir la mer – son flux – Il m’avait prévenu : ici on respire mieux.

J’avais pris mon inspiration et lui avais collé ma bouche sur ses lèvres un peu bleues, tandis qu’en contrebas les vagues cognaient bruyamment sur les rochers de granite.

Collectif

L’horizontalité du paysage

– Interdiction de monter sur la partie ronde de la buse, dit le faucon.
– Le grand YAKA, dit le martinet.
– Le petit – ET MOI ? ET MOI ? ET MOI ?

C’est un festival. L’émoi change le monde et l’horizontalité du paysage – en mouvement perpétuel. Les araignées ne grimpent plus au plafond et les bulots flirtent avec le citron.

Dans la nuit, les bulles d’écume voltigeaient et l’on aurait pu penser qu’il neigeait à Pâques. Les quais glissaient, les murs chuchotaient et ton ombre m’emplissait.

Ensemble, nous monterons sur la partie ronde de la buse.

Collectif

Flashback / Flashforward

[Manuscrit d’Isabelle Vincent]

Tout commence ici

A demie nue les jambes écartées elle se ploie au pied des Idolomantis Diabolica et murmure. « Je ne suis plus seule » ; elle cherche l’intensité de la lumière dans les plis du végétal – Andréa la quittera –et sa mémoire en toile mal tissée ramasse le flux des poussières laissées par cette rencontre.

C’était dans un jardin sauvage. Il l’avait suivie comme une méduse suit le courant de l’eau – splendides transparences. Il l’avait suivie jusqu’à la cabane sous les pommiers en fleurs. Quand elle remonte les pages de leur histoire elle se dit que c’était là que tout avait commencé, qu’il restait sans doute l’empreinte de leurs corps dans les feuilles mortes, que le ciel ne pouvait que se rappeler de leurs consentements.  Et puis le temps… Des erreurs ont germé. Des erreurs en forme de falaises infranchissables qu’ils avaient franchies à marée haute.

1La marée est basse et l’ovule est fécondé.

Elle n’est jamais plus seule. En filigrane de son devenir l’écho des vagues porteuses d’horizons chargés de fruits. Elle va sur le rivage des jardins abandonnés extraire de sa chair la flamme de la matière, la vie. Elle va victime consentante de la permanence de l’enfant. Il est sa lumière, il est sa résonance intime.

2 La marée est basse et l’ovule n’est pas fécondé.

Elle marche longtemps à côté. Ils se croisent au large des conflits. Leur amour fantôme se reflète dans le métal poli des lendemains abscons. Le temps la porte dans les limbes de l’indifférence et même sous la lumière il disparaît, elle ne le voit plus.

Claudine Dozoul